ACTE DEUXIEME
SCÈNES I et II. — Alonso, agité par l'attente, s'éveille le premier et regarde ave;- impatience ses compagnons endormis. Arrive Cora, qui veut se présenter au soleil levant: s'il ne se voile pas. c'est qu'elle n'esl pas coupable! Alonso, fasciné, B'agenouille avec elle.
SCÈNE III. — Rolla, sortant de sa caverne, aperçoit les deux amants qui se relèvent et s'embrassent sur la colline. Au eri de douleur et de
rage poussé par lui, ils se retournent; Cora s'évi lit, Alonso appelle
au secours. Don Juan ne veut pas tuer un homme seul et sont armes. Alonso, éperdu, va se jeter sur lui : don Juan s'v oppose, et Rolla leur apprend qui il est, comment il aime Cora depuis llenfance, Cora qu'il a retrouvée enchaînée à l'autel du Soleil, en revenanl des combats! Alonso le plaint : — « Mais lu es mon rival, dit-il. Jure-moi... »
rolla. — Moi, te jurer! quoi donc?
don alonso. — Hue tu consens à èlre anéanti par le courroux des dieux si ta langue trahit le secret que le hasard vient de te révéler.
rolla. — Je ne jure point.
don alonso. — El tu aimes Cora?
rolla. — Précisément parce que je l'aime, à quoi bon un serment ?
don alonso. — Au nom de mon repos!
rolla. — Que m'importe toi] repos?
don alonso. — Je t'en conjure. Veux-tu me déchirer par des tourments éternels? veux-tu me forcer à commettre un crime? car, vois-tu, il y a des occasions où le crime est vertu.
rolla, ironiquement. — Vraiment!
don alonso. — Tant que je conserverai le moindre soupçon que tu pourrais trahir Cora... je t'honore, Rolla; mais, j'en atteste ton dieu et le mien, je te tuerai...
rolla. — Je ne jure point.
don alonso. — Je t'en supplie, Rolla. Que dois-je penser de ton refus? Tu vois tout mon être (''branlé; je frissonne, mes veines se gonflent, la souffrance m'oppresse. Par pitié, juremoi...
rolla. — Je ne jure point.
don alonso, tirant sonépée. — Eh bien, meurs!
don juan, se précipitant au devant de lui. — Voilà sa r^son encore une fois égarée. Arrête, arrête! Es-tu chevalier? • don alonso, se débattant. — Laisse-moi, ou crains pour toi
même.
(Rolla reste immobile à sa place.)
DON juan. — Ce forcené est plus fort que moi. (Il donne à holla son epée, qu'il est parvenu à tirer.) Prends, Rolla; je ne puis plus le contenir; toi-même, défends-toi.
rolla. — Laisse-le aller. Je mourrai volontiers pour Cora.
Cora, revenant à elle, accourt entre les combattants el Be jette dans les bras de Rolla, en arrêtant Alonso et en le rassurant.
LA PRETRESSE DU SOLEIL. b2!)
cor a, avec une confiance naïve. — Lui, me trahir! Rolla, mon ami, me trahir! lui qui fut mon prolecteur, mon défenseur, lorsque j'étais encore enfant!
Alonso, un moment tourmenté par la jalousie, se calme en entendant Cora parler de son affection fraternelle pour Rolla, et faire à celui-ci le récit de ses amours. Rolla. quand il sait tout leur secret, s'épouvante. Bien convaincu que jamais Cora ne l'aimera et qu'elle aime Alonso de toutes les forces de son cœur, il jure de les sauver. 11 sera désormais leur défenseur, leur frère ; c'est lui qui les unit avec une grandeur d'âme, poussée un peu loin peut-être pour la vraisemblance. Il les emmènera loin de là, dans une contrée sûre... Mais au moment où il les entraîne dans sa caverne, Idali et Amazili, deux toutes jeunes compagnes de Cora , ont franchi la brèche du mur d'enceinte du temple et les ont aperçus.
SCÈNE IV. — Les précédents, Idali et Amazili. — Enfantillages mêlés de niaiserie et de hardiesse, ingénuités un peu vives de ces fillettes avec don Juan et Diego par qui elles se laissent conter fleurette et caresser, ne sachant ce que c'est que d'être avec des hommes. On essaye ainsi de les amadouer, pour qu'elles ne trahissent pas Cora.
SCÈNE V. — Cora est partie avec ses compagnes. Entretien entre les quatre hommes. Rolla s'est ranimé à l'idée de combattre pour Cora, oui, pour elle seule: qu'Alonso ne lui ait aucune reconnaissance et ne s'inquiète pas de gagner son amitié ! Il est aimé de Cora : c'est assez! — « Oh! si Cora m'aimait, s'écrie le héros péruvien, ce serait aux dieux à rechfircher mon amitié ! »