‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 5 sur 442 · VIII NOTICE SUR LESSING · texte numérisé non relu

VIII NOTICE SUR LESSING

devint le fondateur de la nouvelle littérature originale allemande. Cet homme suivit toutes les directions de l'esprit, envisagea toutes les faces de la vie avec un enthousiasme et une intelligence rares. Les arts, la théologie, la science archéologique, la poésie, la critique, le théâtre, l'histoire, il poussa tout vers un même but, avec une égale ardeur. Dans tous ses ouvrages respire la même et grande idée sociale, un sentiment en progrès de l'humanité, cette belle religion de la raison... Cette religion, il la prêcha toujours ; mais, hélas! souvent il la prêcha tout seul et dans le désert. Et puis, il lui manquait la vertu de changer les pierres en pain ; il passa la plus grande partie de sa vie dans la nécessité et dans la misère, malédiction qui a pesé sur presque tous les grands génies de l'Allemagne. — Lessing était aussi plus animé de sentiments politiques qu'on ne le soupçonnait, qualité que nous ne trouvons chez nul de ses contemporains; et ce n'est qu'aujourd'hui que nous voyons clairement qui il avait en vue quand il peignit le despotisme dans sa tragédie d'Èmilia Galotti. On le prit alors pour un champion de la liberté de penser, et un adversaire de l'intolérance cléricale; car on comprenait mieux ses tendances théologiques. Les fragments sur l'éducation de la race humaine, qu'Eugène Rodrigues a traduits en français, peuvent peut-être donner une idée du vaste cercle qu'embrassait l'esprit de Lessing... » Tout ce passage est un excellent résumé de la vaste et noble carrière de Lessing.

Rendant ensuite hommage au souvenir de l'homme qui lui semble avoir le mieux écrit « dans le même esprit et pour le même but que Lessing et qu'on peut nommer pour son successeur immédiat, » Jean Gottlieb Herder, Heine dit encore, en parlant de l'histoire littéraire, où chacun vient chercher ses morts, ceux qu'on a aimés, ou avec qui on a des liens de parenté : « Quand je vois là, parmi tant de cadavres insignifiants, Lessing ou Herder avec leurs grandes et nobles figures, le cœur me bat avec violence ; il me serait impossible de passer outre, sans déposer un baiser sur leurs lèvres livides. »

Ce n'est pas un mince hommage qu'un tel éloge venant de ce prince des moqueurs.

Gotthold Éphraïm Lessing, né le 22 janvier 1729 à Camenz, petite ville de la Haute-Lusace, était fils d'un pasteur, chargé

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