‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 58 sur 442 · ACTE III, SCENE Y · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE Y

l'habileté; et si l'homme habile n'était rien de plus que celui qui s'entend bien à ses intérêts?

saladin. — Ce sont ses véritables intérêts que tu veux dire?

nathan. — Alors le plus intéressé serait le plus habile ; alors habile et sage ne feraient qu'un?

saladin. — Je viens de t' entendre donner la preuve de ce que tu veux contester. Tu connais bien ces véritables intérêts de l'homme, qui sont ignorés du peuple; tu as du moins cherché à les connaître; tu les as médités : cela seul fait de toi un sage.

- nathan. — Comme chacun croit l'être.

saladin. — ■ C'est assez de modestie; car on se dégoûte de ne rien entendre de plus, lorsqu'on s'attendait à de la raison. (// se lève.) Venons au fait. Mais de la sincérité. juif; de la sincérité !

nathan. — Sultan, je te servirai assurément de façon à demeurer toujours digne de la pratique.

saladin. — Me servir? comment?

nathan. — Tu auras ce qu'il y a de mieux avant tout le monde; tu l'amas au plus juste prix.

saladin. — De quoi parles-tu? ne serait-ce pas de les marchandises? Brocanter avec toi, c'est l'affaire de ma sœur (ceci est pour la curieuse, si elle écoute); moi, ce n'est pas au marchand que j'ai affaire.

nathan. — Tu voudrais sans doute savoir ce que, dans mon voyage, j'ai pu observer et remarquer sur tes ennemis, qui, en effet, recommencent à remuer? A ne rien cacher...

saladin. — Ce n'est pas de cela que je veux traiter avec toi; je sais là-dessus tout ce qui m'est nécessaire. — Bref.

nathan. — Ordonne, sultan.

saladin. ■ — Je veux avoir ton avis sur un tout autre sujet, sur un sujet bien différent. Puisque tu es si sage, dismoi donc quelle croyance, quelle loi t'a paru la meilleure.

nathan. — Sultan, je suis juif.

saladin. — Et moi, je suis musulman... Entre nous deux est le chrétien... De ces trois religions, une seule peut être la véritable. Un homme tel que toi ne demeure

point où le hasard de la naissance l'a jeté; ou bien, s'il y demeure, c'est par examen, par principes, par choix de ce qui est le meilleur. Hé bien, fais-moi part de ton examen. Apprends-moi tes raisons, puisque je n'ai pas eu le temps d'approfondir les miennes. Fais-moi connaître, entre nous s'entend, quel choix ces raisons ont déterminé, pour que je puisse aussi faire le mien... Comment! tu restes interdit ? tu m'interroges de l'œil? Il est possible que je sois le premier sultan qui ait eu une pareille fantaisie, et cependant elle ne me parait pas du tout indigne d'un sultan... n'est-ce pas?... Parle donc, parle... ou bien veux-tu y réfléchir un moment?... C'est bon; je t'accorde ce délai... (A-t-elle écouté? je vais Ta surprendre; je saurai si j'ai bien commencé.) — Penses-y, penses-y promptement. Je ne tarderai pas à revenir.

(Il passe dans la pièce voisine, la même par laquelle Sittah est sortie.)

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