ACTE III, SCENE VII
en évidence le pouvoir dont jouit la pierre de son anneau; qu'il aide encore à ce pouvoir par la douceur, par une cordiale égalité de caractère, par la bienfaisance, par une confiance intime en Dieu ! Et quand ce pouvoir de l'anneau se manifestera dans les petits-enfants de vos petits-enfants, alors je vous cite de nouveau devant ce tribunal dans mille milliers d'années : un homme plus sage que moi siégera alors sur ce tribunal, et prononcera. — Allez. » Ainsi parla le modeste juge.
saladin. — Dieu! Dieu!
natiian. — Saladin, si tu sens que cet homme plus sage, cet homme promis, c'est loi...
saladin, n'élançant vers Nathan et saisissant sa main qu'il ne quitte plus. — Moi, poussière! moi, néant! 0 mon Dieul-
natuan. — Qu'as-tu donc, sultan ?
saladin. — Nathan, cher Nathan, les mille milliers d'années de ton juge ne sont pas encore accomplies; son tribunal n'est pas le mien. Va, va; mais sois mon ami !
natiian. — Et Saladin n'a rien de plus à me dire.
saladin. — Rien.
natiian. — Rien?
saladin. — Rien absolument; et pourquoi?
natiian. — J'aurais désiré encore une occasion de te faire une prière.
saladin. — Y a-t-il besoin d'une occasion pour faire une prière? Parle.
nathan. — Je reviens d'un lointain voyage, où j'ai fait rentrer mes créances. J'ai presque trop d'argent comptant; les circonstances redeviennent graves, et je ne sais pas bien où je pourrais le placer sûrement. J'avais pensé que peut-être, comme l'approche d'une guerre exige de l'argent, tu pourrais en employer quelque peu.
saladin, le regardant fixement. — Nathan! Je ne veux
pas te demander si Al-Hafi était déjà allé chez toi; je ne
veux pas examiner s'il n'y a point quelque soupçon qui te
porte à me faire cette offre volontaire.
natiian. — Un soupçon?
saladin. — Je le mérite, pardonne-moi ; car. à quoi sert
de le cacher? Je dois l'avouer que j'étais dans le dessein de...
Nathan. — Non pas de me demander la même chose ?
saladin. — Absolument.
.natiian. — Nous voilà tous deux soulagés. Je t'enverrais tout mon argent comptant, n'était le jeune templier; tu le connais bien: j'ai auparavant ;i lui compter une grosse somme.
saladin. — Le templier? Tu ne voudrais pas assister de Ion argent mes plus grands ennemis?
nathan. — Je ne parle que d'un seul, de celui dont tu as épargné la vie.
saladin. — Ah! Que me rappelles-tu ik ? J'avais entièrement oublié ce jeune homme. Le connais-tu ? où est- il ?
nathan. — Comment! tu ne sais dune pas comment la grâce que tu lui as faite s'est par lui répandue sur moi? Lui, il a, au risque de sa vie, qui venait d'être épargnée, sauvé ma fille du feu.
saladin. — Lui! il a fait cela! Ah! son aspect n'annonçait pas moins. Mon frère, auquel il ressemble tellement, en eût certes fait autant! 11 est donc encore ici ? amène-lemoi. J'ai souvent parlé à ma sœur de ce frère qu'elle n'a pas connu, que je veux lui en montrer le portrait. Va, cherche-le. — Combien d'une bonne action, même quand elle a été produite par la passion seule, peuvent découler d'autres bonnes actions! Va le chercher.
.NATHAN, laissant la main de Saladin. — A l'instant; et quant au reste, c'est chose arrêtée?
[U sort.)
saladin. — Ah! pourquoi n'ai-je pas laissé ma sœur écouter :> Allons la retrouver, allons; comment pourrai-je lui raconter tout cela?
(Il fort par l'autre porte.)