NOTICE SDR LESSING. XI
En 1767, Lessing quitte Berlin pour Hambourg1 et essaye en vain de coopérer à la fondation d'un théâtre national *. Mais cet essai nous vaut la Dramaturgie de Hambourg, collection précieuse de feuilletons de théâtre écrits de main de maître, sous forme de journal périodique (1767-1768 »). En haine du genre français qui défrayait presque entièrement le répertoire, et dont il signala avec une verve mordante les fadeurs et le manque de naturel, il préconisa le drame anglais, surtout celui de Shakspeare, non toutefois comme modèle absolu, mais comme mieux fait que notre tragédie pour susciter un théâtre allemand. Dans ce combat, qui eut ses entraînements injustes, nos grands tragiques furent plus d'une fois maltraités d'une façon quelque peu brutale. Passe encore s'il n'eût fait que s'escrimer contre la Mêrope de Voltaire; mais déclarer qu'il se chargeait bien de refaire mieux toutes les pièces de Corneille, voilà qui tombe dans la bouffonnerie grave ! Bref, il ne nous aimait pas ; quoique son large amour de l'humanité eût dû lui inspirer quelque amitié pour Voltaire, et bien qu'il reconnût lui-même que son premier fonds de critiques contre notre scène lui venait de Diderot *, l'ardeur de l'attaque, la nécessité de ne pas com-
1 . Il avait espéré la place de bibliothécaire à Berlin; mais Frédéric II, se souvenant d'un conflit désagréable entre Lessing et Voltaire, se montra mal disposé pour lui. (V. Lessing et le Goût français en Allemagne, par L. Crouslé; 1re part., chap. III. — Durand: 1863.)
2. « Le théâtre allemand, dit très-bien Mme de Staël, n'existait i>as avant Lessing; on n'y jouait que des traductions ou des imitations de pièces étrangères. •> L'influence française était dominante, et l'admiration du Grand Frédéric pour Voltaire n'avait pas peu fait pour la consolider. De là en partie, sans doute, l'animosité de Lessing contre l'auteur de Métope et de Zaïre, indépendamment des préventions personnelles du critique allemand contre le grand écrivain français dont il avait été le secrétaire provisoire. (V. pour l'historique de cette tentative, le livre de M. Crouslé. — V. aussi, au sujet de la Dramaturgie, l'Allemagne, de M'"e de Staël.
3. La Dramaturgie ne néglige rien: il est piquant de rapprocher du beau chapitre de M"'e de Staël ,sur la déclamation, ce que^dit Lessing de l'accent et du geste de l'acteur, de voir comment il parle d'Eckhof, et comment elle parle d'Iffland.
•i. Lessing avait publié en I 760-176 1 une traduction des Entretiens de Diderot à la suite du Fils naturel, mais sans y mettre son nom, qui ne figure que dans l'édition de 1781, dont la Préface contient les lignes suivantes : « Diderot paraît en général avoir exercé beaucoup plus d'influence sur le théâtre allemand que sur celui de son pays... Je saisis l'occasion de témoigner ma reconnaissance à un homme qui a eu tant de