SCENE I
La salle du palais de Saladin où l'on a apporté les sacs d'argent, qu'on y voit encore.
SALADIN", et un instant après PLUSIEURS MAMELOUCKS.
saladin, en entrant. — Voilà encore cet argent! personne ne sait donc trouver ce derviche, qui est probablement engagé dans quelque partie' d'échecs où il s'oublie Tui-mênje, et moi aussi par conséquent. Allons, patience! — De quoi s'agit-il ?
dm mamlouck. — Bonne nouvelle, sultan! Réjouis-toi, sultan. La caravane du Caire arrive; elle arrive heureusement portant les tributs de sent années du riche Nil.
saladin. — Bravo, Ibrahim! tu es vraiment un messager de bonheur. — Ah ! enfin, enfin! — Je te remercie de ta bonne nouvelle.
le mamlouck, semble attendre quelque chose. — (Hé bien, il n'en est que cela?)
saladin. — Qu'attends-tu? tu peux, t'en aller.
le mamlouck. — Il n'y a rien de plus pour le messager de bonheur?
saladin. — Quoi de plus?
le mamlouck. — Il n'y a pas de pourboire à ce bon messager? Je suis donc le premier que Saladin ait enfin appris à ne récompenser qu'en paroles? C'est aussi une gloire ! être le premier avec qui il ait lésiné.
saladin. — Eh bien, prends ici une bourse.
le mamlouck. — Non, oh non! Tu pourrais bien à présent me les offrir toutes.
saladin. — De la fierté I Viens ici, tu en auras deux. — Sérieusement. Il s'en va; il me surpasse en générosité; car, assurément, il doit lui en couler plus de refuser qu'à moi de donner. Ibrahim !... De quoi me suis-je donc avisé vers la fin de nia carrière de devenir tout autre soudainement? Saladin ne veut-il plus mourir comme Saladin? il ne devait donc pas vivre comme Saladin.
dm second mamlouck. — Hé bien, sultan!...
saladin. — Si tu viens pour m' annoncer...
second mamlodck. — Que le convoi d'Egypte est ici.
saladin. — Je le sais déjà.
second mamlouck. — J'arrive donc trop tard?
saladin. — Pourquoi trop tard? Prends pour la bonne intention une bourse ou deux.
second mamlouck. — Cela fait trois.
saladin. — Oui, tu sais bien compter. Tu n'as qu'à les prendre.
second mamlouck. — Il en viendra encore un pourtant, si toutefois il peut arriver.
saladin. — 'Comment cela?
second mamlouck. — Ah! c'est qu'il a bien pu se casser le cou. Dès que nous avons été assurés de l'arrivée du convoi, nous avons tous les trois sauté à cheval. Celui qui était le premier est tombé; ainsi je me suis trouvé le premier, et je me suis toujours trouvé le premier jusque dans la ville, dont ce drôle d'Ibrahim connaît les rues mieux que moi.
saladin. — Et celui qui est tombé, mon ami, celui qui est tombé ! galoppe donc au-devant de lui.
second mamlouck. — C'est bien ce que je vais faire: et, s'il vit encore, la moitié de cet argent est à lui.
saladin. — Tiens! Quel bon et généreux camarade! qui peut se vanter d'avoir de tels mamloucks? Et ne nie serait-irpas permis de penser que mon exemple a contribué à les former? loin de moi la pensée de vouloir, vers ma fin, les habituer à un autre...
un troisième mamlouck. — Sultan!
saladin. — Est-ce loi qui es tombé?
troisième mamlouck. — Non*. Je viens seulement t'a-