Le Tartulfe, acte 1. se. v
NOTICE. 187
les coiiiédit'U's seiiibleul l(''y;ilimer des représailles. M;iis lorsque Molière nous ariiriue qu'il n'eu veut qu'aux iuux dévots, nous devons le croire sur parole. 11 ne pouvait mentir au moment même où il llétrissait le mensonge. 11 n'en est pas moins vrai que le sujet qu'il avait choisi était particulièrement délicat et scabreux, qu'une semblable comédie ne pouvait que jeter le discrédit sur la piété, apprendre au public à rire des choses saintes et à suspecter la sincérité de tout zèle dévot. Avant à choisir entre la religion et l'art, Molière n'hésita pas : il maintint énergiquement contre les scrupules des dévots les plus sincères ce qu'il considérait comme le droit imprescriptible de la satire. Il s'obstina à prétendre — et là encore sa bonne foi parait entière — que les hypocrites seuls condamnaient la pièce qui démasquait leurs intrigues. Mais on ne saurait considérer coninie des Tartull'es les Lamoignon et les Bourdaloue*, qui ont si sévèrement condamné le dessein du poète. Ils n'étaient évidemment pas hommes à se laisser circonvenir par une cabale de faux dévots, comme le dit Molière : ils estimèrent, en ne s'inspirant que des scrujiules de leur conscience et de leur zèle éclairé pour la foi, que le Tartuffe était une œuvre mauvaise, dangereuse pour la religion qu'ils avaient charge de faire respecter. Or, quelle que soit l'admiration qu'on professe pour le génie de Molière, il est bien difficile de méconnaître ici l'autorité de ses contradicteurs. Si l'auteur du Tarlnffe n'avait eu à lutter, comme il le prétend, que contre une ligue de faux dévols, il n'eût pas attendu cinq ans avant de pouvoir faire jouer sa pièce. Mais le conflit qui s'était élevé à propos du Tartuffe entre l'art et la religion, était fort difficile à résoudre: comment le faire en effet sans sacrifier plus ou moins l'un des deux termes, immoler la religion i l'art ou l'art à lareligiou? On s'explique donc que Louis XIV ait hésité longtemps avant de braver les foudres de l'autorité ecclésiastique en permettant la représentation du Tartuffe : on peut même être surpris que sa bienveillance pour Molière n'ait été découragée par aucune des furieuses attaques qui assaillirent le poète, et l'autorisation de jouer le Tartuffe est restée pour Napoléon un acte de libéralisme qu'il ne pouvait s'expliquer. Rappelons en quelques m-ots les difficultés et les épreuves