Sermon sur la Vraie et la fausse dévoliun
i8R TARTUFFE.
par Iiisqik'lli'S dut jmsïer Moliùro avant cl'uljlouir j'aulorisation définitive de faire jonor le Tavluffc. Les trois iircniiers actes de cette comédie furent joués ;i Versailles, le 12 mai 1064, pendant les fêtes brillantes offertes à sa cour par Louis XIV. Mais, bien que l'œuvre n'eût été prégejilce que sous cette forme incomplète, elle ()rovoqua de telles protestations, que le roi dut c/i interdire la représentation publique. Si nous en croyons la Gazelle de France, « Sa Majesté jugea cette comédie absolument injurieuse à la religion et capable de produire de très dangereux effets ». Ce qui est certain, c'est que le curé de Saint-Bartiiélemy, Pierre Roullé, publia à cette époque un pané'gyrique d<' Louis XIV intitulé : « Le l'oi glorieux au monde ou Louis XIV le plus glorieux de tous les rois du monde ». Daiis cet opuscule. Molière était pris vivement h. partie : il était traité de « démon vêtu de chair et habillé en homme ». Ces violentes attaques ni> découragèrent pas le poète : déployant une infatigable activité, il répondit d'abord à Roullé eu adressant au roi lui Premier Plaret (août-septembre IGiii) ; puis il chercha à recruter partout des pi'otecteurs : c'est ainsi qu'il obtint l'approbation du cardin;d Chigi, légat du Saint-Père, et qu'il fit représenter le Tartuffe « entier et achevé en cinq actes, le 29 novembre 16()i et le 8 novembre 1065, au château du Raincy », devant le prince de Condé. Tout eu poursuivant avec l'habileté et l'obstination patiente d'un diplomate les négociations qui devaient triompher des résistances de la cabale, Molière augmentait encore son crédit en faisant jouer le Misanthrope ei en participant pendant l'hiver de 1606-1667 aux divertissements du Bnllct ries Muses. Aussi le poète se crut-il assez bien en cour pour profiter d'une absence du roi, qui lui avait sans doute adressé quelques paroles encourageantes, pour risquer une représentation du Tartuffe le 5 août 1667. D'ailleurs il avait pris certaines précautions en changeant le titre do la pièce désormais intitulée t Imposteur, et le nom du ])rincipal personnage devenu M. Panulphe, dont le costume avait été également modifié : l'hypocrite ne portait plus la soutane des direcleiu's de conscience, mais le vêtement des laïques : « un petit chapeau, de grands cheveux, un grand collet, une épée et des dentelles sur tout l'habit ». Le lendemain, le président du Parlement de Paris, M. de Lamoiguon, interdisait toute nouvelle représentation du Tartuffe : sans
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contester la loyauté des intentions de îloliére, le président se contenta d'objecter qu'il n'appartenait pas à la comédie de faire la police du sanctuaire en censurant l'hypocrisie religieuse. Ce inagfistrat soulevait donc une cpiestion de compétence, que Molière avait depuis longtemps résolue en faveur de la juridiction de la comédie. Il essaya de tenir tête à l'orage et dépêcha auprès du roi, alors occupé au siège de Lille, deux acteurs de sa troupe, La Thorillière et La Grange, poi-îeurs d'un placel. Molière montre dans ce placet une ii'ritation mal contenue et apprécie sévèrement la conduite du président de Lamoignon : « On ne manquera pas de dire à Votre Majesté, écrit-il, que chacun s'est scandalisé de ma comédie. Mais la vérité pure, Sire, c'est que tout Paris ne s'est scandalisé que de la défense qu'on en a faite ». En'in l'auteur du Tartuffe semble menacer le roi lui-même de le priver désormais du précieux concours de son talent, si on lui refuse satisfaction : « J'attends avec respect l'arrêt que Votre Majesté daignera prononcer sur cette matière : mais il est très assuré, Sire, qu'il ne faut plus que je songe à faire de comédies, si les Tartuffes ont l'avantage ». Louis XIV, malgré la bienveillance, qu'atteste le libre langage de Molière, maintint l'interdiction prononcée par le i)rési(lent. L'intervention d'un nouvel adversaire du Tarlu/fe ne fut probablement j.is étrangère à cette décision. Le 11 août 16G7, l'archevêque de l'aris, Hardouin-Beaumont de Péréfixe, avait publié une ordonnance, qui frappait d'excommunication tout fidèle coupable « de lire ou entendre réciter le Tarîuff'c, soit publiquement, soit en particulier ». Louis XIV attendit jusqu'au 5 février 1669 avant d'autoriser déllnitivement le Tartuffe. Il jugea sans doute que si le poète s'était rendu coupable de quelque irrévérence, il l'avait suflisamment expiée par une attente de cinq ans : le temps devait avoir apaisé les colères suscitées par la comédie lors de son apparition ; le parti dévot n'avait plus à sa tête la P>einc mère, que Louis XIY dut hésiter à contrarier; il avait au cont l'aire à récompenser le zèle infatigable d'un poète qui n'avait cessé de contribuer à ses plaisirs et aux fêtes de la cour.
Le Tartuffe, impatiemment attendu par le public, fournit jus- (pi'au 7)0 avril une brillante série de trente-trois représentations, dont chacune rapporta de 2510 à '2860 livres. C'était, pour l'époque, un éclatant succès.
Voici une comédie dont on a fait hoaucoup de hiiiif, qui a élé longtemps persécutée; et les gens qu'elle joue ont bien fait voir qu'ils étaient plus puissants en France que tous ceux que j'ai joués jusqu'ici. Les Marquis, les Précieuses et les Médecins ont souffert doucement* qu'on les ait représentés, et ils ont fait semblant de se divertir, avec tout le monde, des peintures que l'on a faites d'eux ; mais les Hypocrites n'ont point entendu raillerie; ils se sont effarouchés d'abord, et ont trouvé étrange que j'eusse la hardiesse de jouer leurs grimaces 5, et de vouloir décrier un métier dont tant d'honnêtes gens se mêlent. C'est un
1. Cette préface a été mise par Molière en tête de la première édition du Tarliiffe, qui fut publiée à la fin de mars 16(59. Il est heureux que les ennemis de Molière l'aient contraint par leurs attaques furieuses à présenter au public cette apologie de sa comédie. Trop rarement, en effet, au cours d'une vie si bien remplie, notre poète eut le loisir de nous initier, comme Corneille dans ses Examens et ses fl/.scoiirs. Racine dans ses Préfaces, aux principes de sa poétique. Malheureusement, quand il écrivait la préface du Tar/w/fp, Molière subissait les entraînements de la polémique, et c'est plutôt en avocat qu'en théoricien qu'il a disserté, si l'on peut lui a|ipliquer ce mot pédanlesque, sur la comédie.