La comédie, le théâtre
5. La conlrcrie de la Passion était encore propriétaire de l'hôtel de Bourgogne, bâti pour elle sur le terrain acquis en 1548.
i. C'est en décembre li02 que des Lettres de Cliarles VI approuvèrcn'; la fondation de la c Confrérie de la Passion et Uésuriection de Notrc- Seigneiir » ; elles l'autorisaient à « taire jouer quelque mystère que i-e soit de ladite Passion et Résurrection, ou autre quelconque tant de saints comme de saintes qu'ils voudront élire ».
o. Allusion à maître Jehan Michel, non pas doqteur en théologie m.i en médecine, auteur d'un Mi/stcre de la liésurrection.
6. Polijeifcle, jnnrtyr IICM) et Théodore, vierge et martyre (16-lo/>. On voit sans peine combien est illégitime cette assimilation du Tartuffe à Polijeucte. La pièce de Corneille ne saurait être considéré-e comme un précédent justifiant les audaces de Molière. Que celui-ci l'ait
Si l'emploi de la comédie est de corriger! les vices des hommes, je ne vois pas par qii-elle raison il y ea aura de priA'ilégiés*. Celui-ei est^ dans l'État, d'mie conséqueace Lien plus dangereuse que tous les autres; et nous avons vu que le théâtre a une grande vertu pour l;i correction. Les plus heaux traits dUne sérieuse morale sont moins puissants le plus souvent que ceux. de. la satire; et rien- ne reprend mieux la plupart des hommes quei la peinture de leurs défauts. C'est une grande atteinte aux. vices que de les exposer à la risée dC' tout le niunde. On. soutire aisément des répréhensions, mais ou ne souffre point la raillerie. On veut hien être méchanL, mais on ne veut point être ridicule.
On me reproche d'avoir mis des termes de piété dans la bouche de mon Imposteur, Et pouvais-je m'en empêcher, pour bien représenter le caractère d'un hypocrite-'?... I! suflit, ce me semble, que je fasse connaître les motifs criminels qui lui font dire les choses, et que j'en aie Te^ tranché les termes consacrés, dont on aurait eu peine à lui entendre faire un mauvais usage. Mais il débite au quatrième acte une morale pernicieuse'. Mais cette morale est-elle quelque chose dont tout lenionde n'eût les oreilles
V iiilii on non, sa coraédiene peut guère ■ inspirer le respect pour une lelij^'^ion qui autorise l'hypocrisie de TarlulFe et la sottise d'Orf,'on. Dans l'oh/L'tictc, au contraire, la foi ne fait accomplir à ceux qu'elle anime que de grandes choses, et nous sommes pleins d'une adiuiration respectueuse pour la religion où Polyeuetej ^ôarque et Pauline ont puisé leur liéroïsme.
1. De pririlé(jiés; pour le développement de celte idée, voyez Don Jiifin, p. 336.
2. .Soit, diront les contradicteurs de Moliiire : c'est une des exigences de votre art; mais elle suffit à prouver que vous deviez renoncer à ce sujet.
3. Une morale pernicieuse, celle des casuisles, qui avait clé flétrie par Pascal, en particulier dans la 171° Provinciale.
rohnltues? rlit-olli^ ncn t\<' nouveau dans ma comé<li(3? et pcut-ou crainciro que des choses si généralement détestées tassent (jneUiue impression dans les esprits, que je les rende dangereuses en les faisant mouler sur le théâtre, ([u'elles reçoivent quekiue autorité de la bouche d'un scéii'rat? Il n'y a nulle apparence à cela; et l'on doit approuver la comédie du Tartuffe, ou condanmer généralement toutes les comédien-
(i'est à ([uoi l'on s'attaclie furieusement depuis un temps, et jamais on ne s'était si fort déchaîné contre le théâtre'. Je ne puis pas nier qu'il y ait eu des Pères de l'Église qui ont condamné la comédie; mais on ne peut pas me nier aussi qu'il n'y eu ait eu quelques-uns qui l'ont traitée un peu I)lus doucement. Ainsi l'autorité dont on prétend appuyer la censure est détruite par ce partage; et toute la conséquence qu'on peut tirer de cette diversité d'opinions en des esprits éclairés des mêmes lumières, c'est qu'ils ont pris la comédie différemment, et que les uns l'ont considérée dans sa pureté, lorsque les autres l'ont regardée dans sa corruption et confondue avec tous ces vilains spectacles
1. Ces attaques venaient surtout de Port-Royal. Molière pouvait soiîf,'cr ici au Traité de la Comédie, œuvre posthume du prince de Conti (16l58,i, aux Visio7uiairrx de Nicole (lîîi)6) et au Traité de la Comédie, di même auteur, publii? en 1667. Pascal a résumé en quelques lignes d'un( rare précision la plupart des arguments au nom desquels les moralistes de Port-Roya! condamnaient le tlié.-itre. « Tous les grands divertissements, dit-il, sont dangereux pour la vie chrétienne, mais entre tous ceux que le monde a inventés, il n'y en a point qui soit plus à craindre que la comédie, etc. » (Les Pensées, art. xxiv, § 6i, Oavet.) — Sur toute la polémique dont le théâtre fut l'objet au xvii' siècle, voyez Desjiois, le Théâtre français sous Louis XIV, liv. IV, chap. m. Un avocat du wiii* siècle, Desprez de Boissy, a publié une Histoire des outrar/es pour et contre le théâtre, qui forme deux volumes. Celte bibliographie est fort intéressante : elle montre qu'il est peu de penseurs au XVII' siècle qui n'aient pris part à cette querelle, où liossuet ne dédaigna pas d'intervenir avec ses Maximes et réflexions sur la comédie (169i).
qu'on a eu raison de nommer des spectacles de turpitude*. Et eneflet, puisqu'on doit discourir des choses et non pas des mots, et que la plupart des contrariétés viennent de ne se pas entendre et d'envelopper dans un même mot drs choses opjiosées, il ne faut qu'ôter le voile de l'étpiivixiue et regarder ce qu'est la comédie en soi, pour voir si clii! est condamnable-. On connaitra sans doute que, n'étant autre chose qu'un poème ingénieux (pii par des leçons agréables reprend les défauts des hommes, on ne suuroit la censurer sans injustice. Et si nous voulons oun- là-dessus le témoignage de l'antiquité, elle nous dira (pie ses plus célèbres philosophes ont donné des louanges à la comédie, eux qui faisaient profession d'une sagesse si austère, et qui criaient sans cesse après les vices de leur siècle ; elle nous fera voir qu'Aristole a consacré des veilles au théâtre, et s'est donné le soin de réduire en préceptes l'art de faire des comédies^; elle nous apprendra cpie de ses plus grands hommes, et des premiers en dignité, ont fait gloire d'en composer eux-mêmes*, qu'il y en a eu d'autres qui n'ont pas dédaigné de réciter en public celles qu'ils avaient composées^, que la Grèce a fait pour cet art éclater son estime par les prix glorieux et par les superbes théâtres dont elle a voulu l'honorer, et que.
1. C'est l'expression que Corneille nvait em|)loyée, comme traduite do saint Augustin, dans rÉi)ili'e ((u'il mit au-devant de sa Théodore, en 16i6.
2. C'est la méthode préconisée par Pascal dans son oi)uscule De l'esprit géométrique, I.