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Faux-monnatipura : Molière avait dit

Lstimo! ! ■ fantôme autant que la personne, Et la fausse monnaie à l'égal de la bonne.

[Le Tnriiijfe, I, v.)

Ji' l'ai faite, Sire, cette comédie, avec tout le soin, [Diiimi! je crois, cl toutes les circonspeclions ([uc i)ouvait flemaudcr ia délicatesse de la matière; cl |h)ui- mieux cou- ^■erver l'estime et le respect qu'on doit aux vrais dévots, j'en ai distingué le plus que j'ai i)U le caractère que j'avais à loucher*; je n'ai point laissé d'équivocjue, j'ai ôté ce ipii |)ouvait confondre le bien avec le mal, et ne me suis servi, dans cette peinture, que des couleurs expresses et des traits essentiels qui font reconnaître d'abord un véritable et fraiu; liypocrile.

Cependant toutes mes précautions ont été inutiles. Ou a protité. Sire, de la délicatesse- de votre âme sur les matières de la religion, et l'on a su vous prendre par l'endroit seul que' vous êtes prenable, je veux dire par le respect des choses saintes. Les tartuffes*, sous main, ont eu l'adresse de trouver grâce auprès di; Votre Majesté, et les originaux eulin ont fait supi)rimer la copie, quelque innocente qu'elle fût. et quelque resseudilaute qu'on la trouvât.

Bien (pie ce m'ait été un coup sensible (jue la suj)pression de cet ouvrage, mon malheur pourtant était adouci parla manière dont Votre Majesté s'était expliquée sur ce sujet; et j'ai cru. Sire, qu'EUe m'ôtait tout lieu de me plaindre, ayant eu la bouté de déclarer qu'EUe ne trouvait rien à dire dans cette comédie qu'EUe me défendait de produire eu public

1. .1 loucher, h exprimer, à poindre : cotte signification mélaplioriqiic de iuucher est em|)runtée an vocabulaire des peintres.

i. La di'licalesse, la susceptibilité montrée par le roi chaque fois que les intérêts de la religion sont en jeu. C'est dans ce sens que Molière a dit (préface du Tartuffe) : « Je sais qu'il y a des esprits dont la délicatesse ne peut souffrir aucune comi'die «.

3. Que ré|)ond ici à l'ablatif du nui relatif latin, et a le sens de prt/' où.

l. On vcil par cet exemple que « TartulTù » était déjà devenu, un jiom cuiiuiiLiii.

Mais malgré celte gloiieusc déclaralion du plus gram! roi du monde et du jdus éclair»!, malgré l'approbalion encore de Monsieur le Légat et de la plus grande partie di' nos prélats, qui tous, dans les lectures* particulières que je leur ai faites de mon ouvrage, se sont trouvés d'accord avec les sentiments de Votre Majesté, malgré tout cela, dis-je, on voit un livre composé par le curé de...^, qui donne hautement un démenti à tous ces augustes témoignages. Votre Majesté a beau dire, et Monsieur le Légat et Messieurs les prélats ont beau donner leur jugement : ma comédie, sans l'avoir vue, est diabolique, et diabolique mon cerveau ; je suis un démon vêtu de chair et habillé en homme, un libertin, un impie digne d'un supplice exomitiaire. Ce n'est pas assez que le feu expie en pubHc mou ottVnse. j'en serais quitte' à trop bon marché; le zèle charitable de ce galant homme de bien n'a garde de

1. Il s'agit ici du légat Cliigi, neveu du papo Alexandre Vil, qui Tavait envoyé en France porter ses excuses à Louis XIV jiour l'insulte laite à noire ambassadeur le duc de Créqui. Accompagna' do [dusieurs prélats romains, le légat avait assisté à une lecture du Tartuffe et ne s'en était nullement scandalisé. Mais notre clergé ne professait pas pour les plaisirs mondains l'indulgence du clergé italien, et Molière n'était pas autorisé à dire que « nos prélats » avaient approuvé sa comédie.

2. Pierre Roullé, curé de Sainl-Barthélemy. Son livre est intitulé' : Le Roij (jlorienx au inonde, on Louis XI V le plus glorieux de tous Icn rois du inonde.

3. Molière cite assez exactement les termes dont s'était servi Pierre FxouUé; on lit en elTet dans son livre : « Un homme, ou plutôt un d'-mon vêtu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fût jamais dans les siècles passés, avoit eu assez d'impiété et d'aliomination pour faire sortir de son esprit diabolique unepiice toute prèle d'être rendue publique, en la faisant monter sur le théâtre, à la dérision de toute l'Église, etc. » Et plus plus loin : « Il méritait par cei attentat sacrilège et impie un dernier supi)lice exemplaire et public, et le feu mesme, avant-coureur de celui de l'enfer, poiu" expier un crime si grief de lèse-majesté divine, qui va à ruiner l'Eglise catliolique en Jtlàmant et jouant sa plus religieuse et sainte pratique, qui est la conduite et direction des âmes cl des familles, par de sages guides et conducteurs pieux ».

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demeiiror là: il ne veut i)i)inlque j'aie de miséricorde auprès de Dieu, il veut absolumejit que je sois damné, c'est une atlaire résolue*.

Ce livre, Sire, a été présenté à Votre Majesté; et sans doute i.EUe juge bien Elle-même combien il m'est fâcheux de me voir exposé tous les jours aux insultes de ces Messieurs, quel tort me feront dans le monde de telles calomnies, s"il faut qu'elles soient tolérées, et quel intérêt j'ai enfin à me purger de son imposture et à faire voir au pultlic (fue ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soit. Je ne dirai point, Sire, ce que j'avais à demander pour ma réputation, et pour justifier à tout le monde l'innocence de mon ouvrage : les rois éclairés comme vous n'ont pas besoin (pi'on leur marque ce qu'on souhaite; ils voient, comme Dieu-, ce qu'il nous faut, et savent mieux que nous ce qu'ils nous doivent accorder. Il me suffit de mettre mes intérêts entre les mains de Votre Majesté, et j'attends d'Elle avec respect tout ce qu'il lui plaira d'ordonner là-dessus.

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