PRÉSENTÉ AU RO!, DANS SON CAMP, DEVANT LA VILLE DE LILLE EN FLANDRE
Sire, C'est une chose bien téméraire à moi que de venir im-
1. Dans son épitrc VII, à flaoine, Doileau rappelle les fui-eurs fanatiques de~ Pierre Roullé :
L'un, défenseur zélé des l>igots mis. en jeu,
l'our prix de ses bons mots le condumnail nu feu.
1. C&rmne Dieu : personne ne sost scandalisé an xvu* siècle de celte adulation hyperbolique; tel était en elFet le style des panégyi-iques qu'on offrait journellement à la vanité de Louis XIV : Molière n'a fait que se conformei- à l'usage.
3. Le Roi faisait en persomie, avec Turenne, la conquête de la Flandre. Il entra dans Lille, après neuf jouis de siège, le 28 août 1667.
i'i.acets au roi. ser.
portuner un grand monarque au nuiieu de ses glorieuses ; conquêtes ; mais, dans l'état où je nie vois, où trouver, Srre^ une- protection qu'au lieu où je la viens chercher? et qui puis-je solliciter, contre l'autorité de la puissance qui m'accable', que la source de la puissance et do'l'àutorité, que le juste <iispcnsaleur des ordres absolus, que le souverain juge et le maître de toutes choses !
Ma comédie, Sire, n'a pu jouir ici des bontés de Vôtre Majesté. En vain je l'ai produite sous le titre do V Imposteur, et déguisé le personnage sous l'ajustement d'un homme du monde ; j'ai eu beau lui donner un petit chapeau.- de grands cheveux, un grand collet, une épée* et des dentelles sur tout l'haLiL. mettre, en plusieurs endiioits des adoucissements, et retrancher avec soin tout ce que j'ai jugé capable de fournir l'ombre d'un prétexte aux célèbres originaux du portrait que je voulais l'aire: tout cela, n'a de rien. servi. La cabale s'est réveillée aux simples conjectures qu'ils ont pu avoir de la chose. Ils oivfc trouvé moyen de surprendre des esprits qui, dans toute autre matière, font une haute profession de ne se point laisser surprendre. Ma comédie n'a pas plus tôt paru, qu'elle s'est vue foudroyée par le coup d'un pouvoir qui doit iniposer du respect.; :et tout ce que j'ai, pu: faire en cette rencontre, poun;me sauver moi-même de l'éclat de cette tempête, c'est de dire cpie Aotre Majesté avait eu la bouté de m'en permettre la représentation et que je n'avais pas cru qu'il fût besoin de demander cette permission à d'autres, puisqu'il n'y avait qu'EUe seule qui me l'eût défendue.
Je ne doute point, Sire, que les gens qne je peins dans ma comédie ne remuent bien, des ressorts auprès deVotre Majesté, et ne jettent dans leur parti, comme ils ont déjà fait, de véritables gens de bien, qui sont d'autant plus
1. Molière parle ici de « l'autorité et de la puissance » du premier pivsident de Lamoigaon. Sur l'interdiction dont il frappa la pièce de Molière, voyez la Notice, p. 1.S8.
prompls à se laisser tromper, qu'ils jugent d'autrui par eux-mônncs. Ils ont l'art de donner de belles couleurs à tontes leurs intentions; qnelcpic mine* qu'ils fassent, ce n'est point du tout l'inlôrèt de Dieu qui les peut ("mouvoir; ils l'ont assez montré dans les comédies qu'ils ont souffert qu'on ait joui-es tant de fois en public sans en diie le moindre mot. Celles-là n'attaquaient que la piété et la religion, dont ils se soucient foi't peu; mais celle-ci les attaque et les joue eux-uièmes, et c'est ce qu'ils ne peuvent souffrir-. Ils ne sauraient me pardonner de dévoiler leurs impostures aux yeux de tout le monde. Et sans doute on ne manquera pas de dire à Votre Majesté que cliacun s'est scandalisé de ma comédie. Mais la vérité pure. Sire, c'est que tout Paris ne s'est scandalisé que de la défense qu'on en a faite, que les plus scrupuleux en ont trouvé la représentation profitable, et qu'on s'est étonné que des personnes d'une probité si connue aient eu une si grande différence pour des gens qui devraient être l'horreur de tout le monde et sont si opposés à la véritable piété dont elles font profession.
J'attends avec respect l'arrêt que Votre Majesté daignera piononcer sur cette matière; mais il est très assuré. Sire, qu'il ne faut plus que je songe à faire de comédie si les lartutTes^ ont l'avantage, qu'ils prendront droit par là de me persécuter plus que jamais, et voudront trouver à redire aux choses les plus innocentes qui poun-ont sortir de ma ])lume.
Daignent vos bontés. Sire, me donner une protection contre leur rage envenimée; et puissé-je, au retoui- d'une campagne si glorieuse, délasser Votre Majesté des fatigues de ses conquêtes, lui donner d'innocents plaisirs après de