‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 309 sur 744 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

PHILINTE

Vous voulez 1111 grand mal à la nature humaine!

ALCESTE

Oui, j"ai conçu pour elle une eflroyable haine.

PHILINTE

Tous les pauvres inoi-lels, sans nulle exception,

Seront enveloppés dans cette aversion?

Encore en est-il bien, dans le siècle où nous sommes.,.,

ALCESTE

Non : elle est générale, et je hais tous les hommes : Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants: Et les autres, f)0ur être' aux méchants com[)laisants-, Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses. De cette complaisance ou voit l'injuste excès Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès : Au travers de son masque on voit à plein' le traître; Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être; Et ses roulements d'yeux et son ton radouci N'imposent* qu'à des gens qui ne sont point d'ici. On sait que ce i>ied i»lat^, digne qu'on le confonde,

1. l'oiir cire, parce qu'ils sont. « Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n'osent rien entrejTi-endre. » [Les Fourberies de Scapin, IH, i.)

■2. Les commentateurs rapprochent de ce passage im mot qu'Erasme, au livre VI de ses Apophtegmes, attribue à Timon: «On demandait à Timon d'Athènes, appelé le Misanthrope, pourquoi il poursuivait tous les hommes de sa haine : « Les méchants, répondit-il, je les hais à « bon droit; les autres, je les hais de ne point haïr les méchants ».

5. A plein, j>k'inement, complètement. Littrécite des exemples de cette locution empruntés à Vaugelas, Pascal et Massillon.

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