‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 311 sur 744 · ACTE I, SCÈNE I. Z · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. Z

La parfaite raison fuit toute extrémité, Et veut que l'on soit sage avec sobriété*. Cette grande raideur des vertus des vieux âges Heurte trop notre siècle et les communs usages; Elle veut aux mortels trop de perfection : Il faut fléchir au temps sans obstination; Et c'est une folie à nulle autre seconde De vouloir se mêler de corriger le monde. J'observe, comme vous, cent choses tous les jours. Oui pourraient mieux aller, prenant un autre cours; Mais quoi qu'à chaque pas je puisse voir paraître, Eu cor..'roux, comme vous, on ne me voit point être; Je prends tout doucement les hommes connue ils sont, J'accoutume mon âme à souffrir ce qu'ils font ; Et je crois qu'à la cour, de même qu'à la ville. Mon flegme est philosojihe autant que votre bile.

ALCESTE

Mais ce flegme. Monsieur, qui raisonne si bien, Ce flegme pourra-t-il ne s'échaulïer de rien? Et s'il faut-, par hasard, qu'un ami vous trahisse, Oue, ])our avoir a^os biens, on dresse un arlilice, Ou qu'on fâche à semer de méchants bruits de vous, Verrez-vous tout cela sans vous mettre en courroux?

Oui, je vois ces défauts dont vofi'e âme murmure Connue vices unis à l'humaine nafui'e"';

1. Molière avait probablement trouvé cette expression dans Montaigne {Essais, I, xxixj, qui traduit ainsi le mot de saint Paul {Ep. (tel Rom., c. XII, V. 5) : « iSe soyez pas plus sages qu'il ne faut, mais soyez sages sohrement ». « Sapere nd sobrielniem », avait dit l'apùtre.

2. SU faut que est fréquemment employé par Molière dans le sens de : s'il arrive que.

3. « Ne nous emportons point contre les hommes en voyant leur dureté, leur ingratitude, leur injustice, leur fierté, l'amour d'euxiUèraes et l'oubli des autres : ils sont ainsi faits, c'est leur nature, c'est

Et mon esprit onlin n'est pas plus ofFensé De voir un homme fourbe, injuste, intéressé, (Jue de voir des vautours alfamés de carnage, Des singes malfaisants, et des loups pleins de rage.

Ar.r.KSTr..

Je me verrai trahir, mettre en pièces, voler,

Sans que je sois.... Morbleu! je ne veux itoinl parler,

Tant ce raisonnement est plein d'impertinence'.

PiMLIiNTE..

Ma foi! vous ferez bien de garder le sileno/> Contre votre partie* éclatez un peu moins, Et donnez au pi'OGÙs une pari de vos soins.

ALCESTE

je n'en donnerai point, c'est une chose dite.

l'tllLtNÏE.

Mais qui voulez-vous donc (jui pour vous sollicite?

ALCESTE

Qui je veux? La raison, mon bon di'oit, l'équité.

punaNTE.

Aucun juLTO par vous ne sera vir-ité'?

ne pouvoir supporter que la pierre tombe ou que le feu s'élève. » (La Bruyère, de l'tlomme.)

1. Impcrlinence : il ne s'agit pas de la grossiei-oli' de l'expression, mais de la fausseté du raisonnement.

.'2. Voire parlin, votre adversaire.

5. « C'était là, dit M. Paul Mesnard. une démarche que l'usage prescrivait; aller sollicitier son juge était devenu en quelque sorte un d-evoir de civilité. Souvent les familles des plaideurs se présentaient en corps sur te passage des magistrats avant l'audience, et, le jugement rendu, d'autres visites leur étaient faites. » La Bruyère (De quelques usfujcs) o\. S.-i. W'owsfiean (Lettre à (rAlemberl) ont protest<'> conire cet usage scandaleux : ils n'ont ri«n ajouté à l'énergique condamnation qu'en a prononcée MoHère par la houclie d'Algesle.

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