‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 362 sur 744 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

LLIANTE.

Pour moi, je n'en fais point de façons, et je croi Qu'on doit, sur de tels points, être de bonne foi: le ne m'oppose point à toute sa tendresse; Au contraire, mon cœur pour elle s'intéresse; Et si c'était qu'à moi la chose pût tenir'. Moi-même à ce rpi'il aime on me verrait l'unir. Mais si dans un tel choix, comme tout se peut faire-, Sou amour éi)rouvait queUpie destin contraire. S'il fallnit que d'un autre' on couronnât les feux, Je pourrais me résoudre à recevoir ses vœux; Et le refus soudert, en ]iareillo occurrence. Ne m'y ferait trouver aucune répui^nance*.

rniLi.Mi;.

Et moi, de mon côté, je ne jn'oppose j)as. Madame, à ces bontés qu'ont pour lui vos appas; Et lui-même, s'il veut, il peut bien vous instruire De ce que là-dessus j'ai pris soin de lui dire. Mais si, j)ar un hymen qui les joindrait eux deux, Vous étiez hors d'état de recevoir ses vœux. Tous les miens tenteraient la faveur éclatante Qu'avec tant de bonté votre âme lui présente : Heureux si, quand son cœur s'y pourra dérober, Elle pouvait sur moi, Madame, retomber.

1. El s'il arrivait que la chose (It'pon'.lil lîe moi, jo serais liciirci'x de l'unir à Célimcnc.

i. Comme tout peut arriver, môme qu'Alccsto soit abandonné et trilii par celle qu'il aime.

5. iJ'un rival d'Alccste : quant à la métaphore foz/cowner des feux, elle appartenait au jargon de la galanterie, qui se pi'éoccupait médiocrement, nous l'avons vu, de la justesse des figures.

l. Le refus essuyé par Alcesle (s'il était repoussé jiar Célimène) ne m'inspirerait aucime répugnance à recevoir riiommago de son amour. La « sincère F.lianle » s'exprime ordinairement avec plus de netteté; mais ce qu'elle veut dire est v,n peu subtil, et le langage précieux qu'elle parle ici, est volontiers obscur et contourné.

Ér.lAOTK.

Vous vous divertissez. Philiute.

PHILINTE

ISon, Madame.

Et Je vous parle ici du meilleur de mon ànie. J'attends l'occasion de m'ollVir hautement, El de tous mes souhaits j'en presse le moment.

SGÈNE ÏI ALCESTE. ÉLIAXTE, PlliLINTE.

ALCESTE

Ah! Caites-moi raison ', Madame, d'une offense Oui vient de Iriouiphcr do toute ma constance.

Él-IAMi:.

Qu'est-ce donc? Qu'avez-vous qui vous puisse émouvoir?

ALCESTE

J'ai ce que saiKS mourir je ne puis concevoir-:

Et le déchaînement de toute la nature

Ne m'accahlcrait pas comme cette aventure.

C'en est lait.... Mon amour.... Je ne saurais parler.

ÉI.IANTE.

Une votre esprit un peu tâche à se rappeler.

1. Faites-moi friison de, c'est-à-dire aidez^moi à me vengx^r d'une offense, etc. Alceste ;innonce ainsi la proposition qu'il va faire àÉiiante de l'épouser : ce coup de théâtre a été préparé par les confidences que nous a faites Éliante dans la-scène précédente.

2. Cette scène et la suivante renferment plusieurs emprunis k Dfrn Garrie de Navarre. Molière avait d'abord donné au Misanthrope ce ■second titre : /'/l/fv/ />//«/)'(' f77Ho?(?r«.r. Les véhéments reproches d'Alceste sont mieux phtcés dans sa Ixniche que dans celle de Don Garcie, car Dona Klviro ne j\i5lifie pas, comme lu coquette Céliuiène, les accès de jalousie de son amant.

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