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LE MEDECIN MALGRE LUI

NOTICE

Le Mrdt'cin maUjré lui fut joiu' pour la prciniéro fois sur la scène du l'ulais-Iloyal, le vendredi 0 août 16(30. Cette comédie, où, si l'on préfère, cette simple farce eu trois actes, était empruntée à la tradition populaire et gauloise. Nous disons la tradition, car il serait assez difticile d'indiquer à quelle œuvre particnliére Molière a pris le sujet, ou du moins la plupart des idées scéniques de son Médecin lualrjré lui K A-t-il connu le fabliau intitulé le vilain Mire'l Nous y voyons une femme qui, battue par son mari, exerce contre lui l'ingénieuse vengeance de Martine, en le dénonçant conuue un grand médecin, auquel les coups de bâton peuvent seuls arracher l'aveu de sa science. Sans doute ce fabliau ne fut imprimé qu'un siècle après la pièce de Molière. Mais celui-ci put en connaître le sujet par la tradition populaire, et aussi par les écrits des moralistes et des conteurs du xvi" siècle, qui ont si largement puisé dans l'œuvre satii'ique du moyen âge. Bien des allusions éparses sembleiit jirouver que la fable du Médecin malgré lui était depuis longtemps connue en France et qu'elle avait exercé la verve de nombreux auteurs.

Mais laissons aux érudits et aux curieux cette recherche parfois puérile des « sources » de Molière. Nous savons, et cela nous suffit, que la sagacité des chercheurs ne saurait découvrir sur le sujet du Médecin ^malgré lui luic œuvre plus joyeuse,

1. Cette pièce est aussi désignée, au xvu° siècle, sous le titre de Méd('rin par force. Dans ses Maximes et réflexions sur In comédie. § V, ISossuet nous montre Molière recevant la dernière atteinte de la maladie >< en jouant son Malade iaiagiiiaire ou son Médecin imr force ■>

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d'une veine plus francliect plus généreuse que celle de Molière. Comment ne pas ydmirer le .souple gvnie du poète qui, après avoir philosophé et dogmatisé dans le Misanthvope , après avoir élevé la comédie jusqu'au tragique, pouvait faire retentir sur la scène française le rire large et sonore de Rabelais? Quelle belle humeur! Ouellc source intarissable de gaieté chez ce « contemplateur », qui connaissait assez bien les hommes pour en garder au cœur une incurable tristesse !

Sans doute on comprend que Boileau ait préféré le Misanthrope à cette farce populaire, et personne ne s'aviserait de mettre en parallèle deux œuvres si diverses. Mais il faut savoir gré à Molière d'avoir sauvé d'un injuste discrédit cette tradition gauloise, à laquelle se rattache le Médecin malgré lui. Le titre de cette comédie annonce encore une satire de la médecine et des médecins; mais cette fois, comme si Molière avait été désarmé parla folle gaieté de son sujet, ses attaques contre la Faculté se réduisent à d'inolfensives plaisanteries et son i-ire u"a [dus rien d'amer.

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