LE MÊDFXIN MALGRE LUI
sGANARF.i i,r. — Voilà 111)0 rn;.|a(1e qui n'est pas tant' dégoiitanto, ol je liens qu'un lionniic bien sain s'en accoinrnoderail assez.
GÉKONTE. — Vous l'avéz fait lire, Monsieur.
sGANARiîi.LE. — Taut luicux : loi'sque le médecin fait rire le malade, c'est le meilleur signe du monde. Eh bien! de quoi est-il queslion ? qu"avez-vous ? quel est 1<! mal que vous sentez ?
LUCINDE répond par signes, en ]iortant sa main ù sa liouclie. à sa tète, et sous son menton. — Han, lli, iioni, liau.
sGANARELLE. — Eli ! que ditcs-vous ?
Li CINDE continue les mêmes gestes. — Han, bi. llniu, iian, buii, lli, hom.
SGANAREi.LE. Ouoi .''
LUCINDE. — Han, bi, liom.
SGANARELLE, la contrefaisant. — Han, lli, lioiii, bail, lia : je ne vous entends point. Quel diable de langage est-ce là?
GÉROME. — Monsieur, c'est là sa maladie. Elle est devenue muette, sans que jusqu'ici on en ait pu savoir la cause; et c'est un accident qui a fait reculer son mariage.
SGANARELLE. — Et pourquoi ?
GÉRONTE. — Celui (ju'elle doit épouser veut attendre sa guérison pour conclure les choses.
SGANARELLE. — Et (pli cst cc sot-là qul ne veut pas que sa femme soit muette-? Plût à Dieu que la mienne eût cette maladie! je me garderais bien de la vouloir guérir.
1. Cet emploi de innt, pour si, tellement, devant un adjectif est un ai -haïsme. Molière dit ailleurs : « Elle n'est point tant sotte, ina foi, el e 1 j trouve assez passable ». [Les Fourberies de Scnpin, I, m.)
z. Comparez la célèbre tirade de Cliton :
iloni-icur, quand une femme a le don de se taire,
Klle a des qualités au-dessus du vulgaire.
C'est un clVort du ciel qu'on a peine à trouver :
Sans un petit miracle il no peut l'achever,
Kt la nature souffre extrême violence,
Lorsqu'il en fait d'humeur à garder le silence, etc.
(Le Menteur, 1, iv.)