LE MÉDECIN MALGRÉ LUI
sGANARELt.E. — Tous iios meilleurs auteurs vous dirout que c'est rempèchement de l'action de sa langue.
f;Ép,ONTE. — .Mais encore, vos sentiments sur cet empêchement de l'action de sa langue ?
SiiANARELLE. — Arlslotc, là-dcssus, dit... de fort belles choses*.
GÉiiON'TE. — Je le crois.
SGANARELLE. — Ail! c'était uu graud homme!
GÉp.oNTE. — Sans doute.
SGANARELLE, levant SOI! btMs depuis le coude. — Grand homme tout à fait : un homme qui était plus grand que moi de tout cela. Pour revenir donc à notre raisonnement, je tiens que cet empêchement de l'action de sa langue est causé par de certaines humeurs, qu'entre nous autres savants nous appelons humeurs* peccantes; peccantes, c'est-àdire... humeurs peccantes; d'autant que les vapeurs formées par les exhalaisons des influences qui s'élèvent dans la région des maladies, venant... pour ainsi dire... à.... Entendez-vous le latin?
GÉRONTE. — En aucune façon.
SGANARELLE, se levant avec étonnement. — Yous n'entcudez pis le latin !
GÉRONTE. Non.
SGANARELLE, en faisant diverses plaisantes postures. — Cdbiicias arci tharam, catalamus^, singidariter, iioininalivo
;;: andes douleurs à la tète, aux reins? I.icile : oui, Monsieur. Sgana Ki Lr-E : C'est fort bien fait. »
1. « Sganauf.lle. Oui, ce grand médecin, au chapitre qu'il a fait de /a nature des animaux, dit... cent belles choses. » (Le Médecin vvlnnl, scène V.)
2, Les humeurs peccantes étaient les humeurs nuisibles à la santé. Ce ternie médical se trouve dans Montaigne : « Guéri qu'il fut par les médecins de cette humeur ^;<'ccfl«/e ». [Essais, II, 219.)
ô. Ces quatre premiers mots n'ont aucun sens. Dans le reste se le- Irouvent des réminiscences incohérentes des RucUmenta de Jean Desj.autère (IîijO 1520), qui furent longtemps en usage dans nos écoles. Inutile de faire observer que les citations de Sganarelle sont souvent
SCÈ-NE IV. 483
hsec Musa, « la Muse, » bonus, bona, bonum, Deus scnictus, est ne oicttio latinas ? Etiam. « oui. » Quare, « pourquoi? » Quia subslanlivo et adjeclivum concordat in generi, nuiijerum, et cusus.
GÉRo.NTE. — Ah! que n'ai-je étudié?
JACQUELINE. — L'habile homme que velà'
LUCAS. — Oui, ça est si biau que je n'y entends goutte.
si;anarelle. — Or ces vapeurs dont je vous parle venant à passer, du côté gauche, où est le foie, au coté droit, où est le cœur, il se trouve que le poumon, que nous appelons en latin unnyan^, ayant communication avec le cerveau, que nous nommons en grec nasnius, par le moyen de la veine cave, que nous appelons en hébreu cubile, rencontre en son chemin lesdiles vapeurs, qui remplissent les ventricules de l'omoplate; et parce que lesdites vapeurs... compienez bien ce raisonnement, je vous prie; et parce que lesdites vapeurs ont une certaine malignité.,.. Écoutez bien ceci, je vous conjure.
GÉRONTE. — Oui.
sganarelle. — Ont une certaine malignité, qui est causée.... Soyez attentif, s'il vous })lait.
GÉRONTE. — Je le suis.
sganarelle. — Qui est causée par l'àcroté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs.... Ossabandus, nequeijs, nequer, potarinum, quipsa mihis-. Voilà justement c^. qui fait que votre fille est muette.
jAcgiELLNE. — Ah! que ça est biau dit, nollc honmie !
inexactes et incorrectes, ce qui devait faire rire les spectateurs qui, (lins leur enfance, avaient appris par cœur la grammaire de Despautére.
1. Armynii, mot librement foigé par Sganarelle ; il en est de même pour nasmiis. Cubile, qui signifie « lit » en latin, est donné par Sganart lie pour un mot hébreu.
2. Encore toute une série de créations iihilologiques dues à la fantaisie de Sganarelle.