‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 434 sur 744 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CLÉANÏK, ÉLISE.

cLÉ.vNTE. — Je suis bien aise de vous trouver seule, ma sœur; et je brûlais de vous parler, pour m'ouvrir à vous d'un secret.

ÉLISE. — Me voilà prèle à vous ouïr, mon frère. Qu'avezvous à me dire ?

1. On a remarqué qu'il n'y a pas mal Je tristesse et d'amertume dans cette tirade de Valère sur l'aveugleuient de la vanité humaine. Ne peut-on pas reprocher à ce soupirant d'être à la l'ois romanesqueet désabusé?

2. Confidence a ici le sens de confiance, et Valère veut dire qu'il est difficile d'obtenir en même temps la confiance de deux personnes d'iiumeur si différente.

cMÎANTE. — Bien des choses, ma sœur, enveloppées dans un mot : j'aime.

KLisE. — Vous aimez ?

cLKAN'i'E. — Oui, j'aime. Mais avant que d'aller plus loin, je sais que je dépends d'un père, et que le nom de fils me soumet à ses volontés ; que nous ne devons point engager notre foi sans le consentement de ceux dont nous tenons le jour; que le Ciel les a faits les maîtres de nos vœux, et qu'il nous est enjoint de n'en disposer que par leur conduite; que n'étant prévenus d'aucune folle ardeur, ils sont en état de se tromper bien moins que nous, et de voir beaucoup mieux ce qui nous est propre ; qu'il en faut plutôt croire les lumières de leur prudence que l'aveuglement de noire passion ; et que l'emportement de la jeunesse nous entraîne le plus souvent dans des précipices fâcheux. Je vous dis tout cela, ma sœur, afin que vous ne vous donniez pas la peine de me le dire; car enfin mon amour ne veut rien écouter, et je vous prie de ne point me faire de remontrances.

ÉLISE. — Vous êtes-vous engagé, mon frère, avec celle que vous aimez"?

CLÉANTE, — Mon, mais j'y suis résolu; et je vous conjure encore une fois de ne me point apporter de raisons pom^ m'en dissuader.

ÉLISE. — Suis-je, mon frère, une si étrange per sonne?

CLÉANTE. — Non, ma sœur ; mais vous n'aimez pas ". vous ignorez la douce violence qu'un tendre amour fait sur nos cœurs; et j'appréhende votre sagesse.

ÉLISE. — Hélas ! mon frère, ne parlons point de ma sagesse. H n'est personne qui n'en manque, du moins une fois en sa vie ; et si je vous ouvre mon cœur, peutêtre serai-je à vos yeux bien moins sage que vous.

CLÉANTE. — Ah ! plût au Ciel que votre âme comme la mienne....

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