ACTE I, SCÈNE II
ÉLISE. — Finissons auparavant votre affaire, et nie dites qui est celle que vous aimez.
CLÉANTE. — Une jeune persoinie qui loge depuis peu en ces quartiers et qui semble être faite pour donner de l'amour à tous ceux (|ui la voient. La nature, ma sœur, n'a rien formé de plus aimable ; et je me sentis transporté dès le moment que je la vis. Elle se nomme Marianc, et vit sous la conduite d'une bonne femme de mère *, qui est presque toujours malade, et pour qui celte aimable tille a des sentiments d'amitié qui ne sont pas imaginables. Elle la sert, la |)laint, et la console avec une ten- (iiesse qui vous touclierait l'âme. Elle se prend d'un air ^ le plus chai-mant du monde aux choses qu'elle fail, et l'on voit briller mille grâces en toutes ses actions : une douceur pleine d'attraits, une bonté toute engageante, une honnêteté adorable, une... Ah ! ma sœur, je voudrais (jue vous l'eussiez vue.
Éi.isE. — J'en vois beaucoup ', mon frère, dans les choses que vous me dites ; et pour comprendre ce (|u'elle est, il me suffit que vous l'aimez.
CLÉANTE. — J'ai découvert sous main qu'elles ne sont pas fort accommodées*, et que leur discrète conduite ^ a de la
1. Bonne femme est ici synonyme de vieille, et n'entraîne aucune signification désobligeante. Bonhomme est ainsi pris souvent dans le >'iis de vieux. Cf. le Tartuffe, p. 219, note i.
i. Air, façon. Cf. ce passage du Tartuffe, où se trouve la même locution que dans cette scène :
.... Mais, de l'air qu'on s'ij prend.
On fait connaître assez que notre cœur se rend.
(Tartuffe, IV, v.)
". Ce que vous me dites me la fait connaître suffisamment. En dv- -i^iie la jeune fille : je vois beaucoup d'elle dans celte description; ou liicnen est explétif, comme dans la locution j'ch sais long.
i. Accommodées, dans l'aisance. On a dit d'abord accommodé de bien, d'argent, puis accommodé seul, dans le sens de riche. On dit inversement incommodé, dans le sens de pauvre.