Leur sage et prudente conduite
peine à (''tendre à tous leurs besoins le bien qu'elles peuvent avoir. Figurez-vous, ma sœur, quelle joie ce peut être que de relever la fortune d'une personne que l'on aime ; que de donner adroitement quelques petits secours aux modestes nécessités d'une vertueuse famille; et concevez quel déplaisir ce m'est de voir que, par l'avarice d'un père, je sois dans l'impuissance de goûter cette joie, et de faire éclater à cette belle aucun témoignage de mon amour.
ÉLîSE. — Oui, je conçois assez, mon frère, quel doit être votre chagrm.
CLÉASTE, — Ah ! ma sœur, il est plus grand qu'on ne peut croire. Car enfin peut-on rien voir de plus cruel que cette rigoureuse épargne qu'on exerce sur nous, que cette sécheresse' étrange où l'on nous fait languir? Et que nous servira d'avoir du bien, s'il ne nous vient que' dans le temps que nous ne serons plus dans le bel âge d'en jouir, e'. si pour m'entretenir même, il faut que maintenant je m'engage '^ de tous côtés, si je suis réduit- avec vous à chercher tous les jours le secours des marchands, pour avoir moyen de porter des habits raisonnables? Eufin j'ai voulu vous parler, pour m'aidcr à sonder mon père sur les sentiments où je suis ; et si je l'y trouve contraire, j'ai résolu d'aller en d'autres lieux, avec cette aimable personne, jouir de la fortune que le Ciel voudra nous olTrir. Je fais chercher partout pour ce dessein de- l'argent à emprunter; et si vos affaires, ma sœur, sont semblables aux miennes, et qu'il faille que notre père s'oppose à nos désirs, nous le quitterons là tous deux et nous affranchi-
1. Sécheresse, état de gêne. Cli. de Séviffné, autre prodigue, écrit : « Ce qui lu'a causé la séqheresse où j'ai été, c'est que j'ai donné beaucoup d'argent pour les rachats des terres de Basse-Bretagne ». (Grands Écrivains, t. X, p.. 408.)
2. Je m'en(iri(je, je m'endette en contractant des engagements avec eeux qui me prêtent de l'argent.