‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 444 sur 744 · ACTE I. SCÈNE IV. S'O · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE IV. S'O

qu'à la lèle, et si une demi-douzaine dai^aiillette& ne sut'lit pas pour attacher un haul-de-chausses* ? Il est bien Jiocessaire d'employer de l'argent à des peniiKjues, -torscfue l'un peut porter des cjieveux da ^n cru, qui ne coûtent rien. Je vais gager qu'en perrui^iK^s et rubans, il y aKiuuioinsvingt pistoles; et vingl pisloles rapportent par aunée dixhuit iivri's six sols huit di'uiers, à jie les placer qu'au denier douze'.

cLÉAMi:. — Vous avez raison.

UAïU'AGON. — Laissons cola, et parlons d'autre affaire. I]uh .' Je crois qu'ils se fo^nl signe l'un à l'autre de aie voirr ma bourse. (Jue veulent dire ces gestes-là ?

Éi.bK. — Nous uiarchandons*, mon livre et moi, à qui parlera 1»; premier; et nous avons tous deux quelque diose à vous dire.

UAKPAGo.N. — Et moi, j'ai quelque chose aus^i à vous dire à tous deux.

ci.ÉANTK. — C'est de mariage mou père, que nous .dt'^irons vous parler.

1. lliii patron voudrait que, stiivant l'ancrcnne mode, Cit-smle se cun- Icntàt d'yltaolier son poui'point à son haul-de-cliausses. par des laiets ou aiguillettes, qui paisaiunl dans les œillets laits à l'un et l'aulie vêtement. Slais les gens ù la mode dissimulaient les attaches sous un amas de rubans qui coûtaient fort cher. Cette vogue des rubans devait être de courte durée.

2. Du moins : on dirait aujourd'hui au moins. Dans Corneille :

Songez qu'il tant du moins pouv toucher votre cœur, La lille d'un tiiliun ou celle d'un piéleiir.

(Sicoméde, I, n.i

5. Le calcul d'Harpagon est très csact. En elFet. la pistole valait alors 11 livres, et 2-20 livres ou 20 pistoles, prêtées au taux de 1 sur 12 devaient rapporter annuellement 18 livres pour 21G livres et 6 sols 8 deniers pour 4 livres. Mais le taux dont parle ici Harpagon était illégal : le taux légal t'tait le denier vingt, soit cinq pour cent. D'où le sens comique de celte restriction : « h ne les placer qu'au denier doujje ».

i. Nous marchandons : nous hésitons. Le sens du verbe marchander ne s'est conservé que dans la locution : sans marchander.

HARPAGON. — Et c'est cic nianagG aussi que je veux vous eiil retenir.

ÉLISE. — Ah ! mon père.

HARPAGON. — Pour(|uoi ce cri? Est-ce le mot, ma fille, ou la chose, qui vous l'ait peur?

CLÉANTE. — Le mariage peut nous faire peur à tous deux, de la façon que vous pouvez l'entendre * ; et nous craignons que nos sentiments ne soient pas d'accord avec votre choix.

HARPAGON. — Un peu de patience. Ne vous alarmez point. Je sais ce qu'il faut à tous deux; et vous n'aurez ni l'un ni l'autre aucun lieu de vous plaindre de tout ce que je prétends faire. Et pour commencer par un bout : avezvous vu, dites-moi, une jeune personne appelée Mariane, qui ne loge pas loin d'ici ?

CLÉANTE. — Oui, mon père.

HARPAGON. Et VOUS ?

ÉLISE. — J'en ai ouï parler.

HARPAGON. — Comment, mon fils, trouvez-vous cette fille ?

CLÉANTE. — Une fort charmante personne.

HARPAGON. — Sa physionomie ?

CLÉANTE. — Toute houuète, et pleine d'esprit.

HARPAGON. — Son air et sa manière ?

CLÉANTE. — Admirables, sans doute.

HARPAGON. — Ne croyez-vous pas qu'une fille comme cela mériterait assez que 1 .n songeât à elle ?

CLÉANTE. — Oui, mon père.

HARPAGON. — Que ce serait un parti souhaitable ?

CLÉANTE. — Très souhaitable.

HARPAGON. — Qu'elle a toute la mine de faiie un bon m'^nage ?

CLÉANTE. — Sans doute.

1, Etant donnée la façon dont vous pouvez l'entendre.

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