‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 452 sur 744 · ACTE II. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE I

soiil bien malheureux; el il faut essuyer d'étranges choses liirsqu'on en est réduit à passer, connue vous, {»ar les utains des fesse-nialhieux'.

CLÉA.NTE. — L'atlaire ne se fera point?

LA FiixiiK. — l'ardoiuiez-nioi. Notre maître Simon, le courtier- (lutin nous a donné, houjme apissanl et plein de zélé, dit (piil a fait rn^v pour vous; et il assure que votre seule physionomie lui a sacué le cœur.

cLKANTE. — J"aurai li'> quinze mille francs (jue je denuinde !

i.A rLtciiE. — (Jui : mais à (juelquos petites cundilions, ((u'il faudra que vous acceptiez, si vous avez dessein que les choses se fassent.

CI.ÉAME. — Ta-t-il fait parlera celui ipii linil pr.'ier l'ar- -onf.'

LA FLÈCHE. — Ah ! Vraiment, cela no va jias de la snrtc. Il apporte eucoi-e plus de soin à se cacher que vous, el ce >t)nt des mystères bien plus grands que vous ne penser. ()n ne veut jjoint du tout dire son nom. el l'on doit aujourd'hui l'aboucher avec vous, dans une maison empruntée, pour être instruit, par votre bouche, de votre bien et de votre famille; et je ne doute point que le seul nom de votre père ne lende les choses faciles.

(.LLAM'E. — Et principalement notre mère étant moite, dont on ne peut m'ôter le bien.

LA FLÈcuK. — Voici quelqucs articles qu'il a dictés luimême à noire entremetteur, pour vous être montrés, avant que de rien faire :

Supposé que h prêteur voie foules ses sûretés, el que l'emprunteur soit majeur, el d'une famille uli le bien sai

1. fV.s.sy'-3/(///i/t'«.f, avares. Usiniers. Nous croyons inutile de rapppF .1er ici les dillérentes origines que l'on a données à ce mot. Rappelons cependant que la plupart de ces étymolofries sont fondées sur ce lait que Matliieii, avant sa conversion, exerçait les fonctions de publicain et piatiquait l'usure.

ample, solide, asaiire, clair, cl net de tout embarras, on fera une bonne et exacte obligation par-devant un notaire, le plus honnête homme quil se pourra, et qui, pour cet effet, sera choisi par le préteur, auquel il importe le plus que. r acte soit dûment dressé.

cLÉANTE. — Il n'y a rien à dire à cela.

LA FLÈCHE. — Lc prétetir, pour ne charger sa conscience d'aucun scrupule, prétend ne donner son argent qu'au denier dix-huit^.

CLÉANTE. — Au denier dix-huit? Piii'blou ! Voilà qui est honnête. Il n'y a pas lieu de se plaindre.

LA FLÈCHE. — Cela est vrai.

Mais comme ledit prêteur n'a pas clie:, lui la somme dont il est question, et que pour faire plaisir ii l'emprunteur, il est contraint lui-même de l'emprunter d'un autre, sur le pied du denier cinq'^, il conviendra que ledit premier emprunteur paye cet intérêt, sans préjudice du reste, attendu que ce n'est que pour l'obliger que ledit prêteur s'engage ii cet emprunt.

CLÉANTE. — Counnent diable ! quel Juif, quid Arabe estce là? C'est plus qu'au denier quatre'.

LA FLÈCHE. — Il est ATai ; c'est ce que j'ai dit. Vous avez à voir là-dessus.

CLÉANTE. — Que veux-tu que je voie? J'ai besoin d'argent; et il faut bien que je consente à tout.

LA FLÈCHE. — C'cst la répoiiso que j'ai faite.

CLÉANTE. — II y a encore quelque chose?

LA FLÈCHE. — Ce u'ost plus qu'uu petit article.

Des quinze mille francs qu'on demande, le prêteur ne

1. Soit à cinq et cinq nenvièmos pour cent. Le prêteur se conforme ail taux légal, à ce qu'on appeLiit alors le denier di' roi.

-2. A vingt pour cent.

5. En effet, à l'intérêt réclamé par le premier prêteur et qui est de vingt pour cent, il faudra joindre l'intérêt de cinq et demi réclamé par le prêteur, avec lequel s'abouchera Cléante, ce qui fait un peu plus de vingt-cinq pour cent.

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