SCÈNE V HARPAGON, FROSrST
nARPAGO^-. — Tout va comme il faut, lié bien! qu'est-ce, Frosine ?
FRosiNE. — Ah, mon Dieu! que vous vous portez bien! et que vous avez là un vrai visage de santé!
HAfiPAGON. — Qui, moi?
I. Traire, tirer quelque chose de quelqu'un, lui sou tirer de l'ni'genl; on dit Siuss'iin'overbialemenl: faire de quelquhin'savavhe à lait. Cf. p. 669.
FRosiNE. — Jamais je ne vous vis un teint si frais et si fia illard.
iiAiti'AGON. — Tout de bon?
iiiosiNE. — Conniient? vous n'avez de votre vie été si jeune que vous êtes; et je vois des gens de vingt-cinq ans (|ui sont plus vieux que vous.
uAiipAGON. — Cependant, Frosine, j'en ai soixante bien comptés.
FuosiNE. — lié bien! qu'est-ce que cela, soixante ans? Voilà bien de quoi! C'est la fleur de l'âge cela, et vous entrez mainteiuuit dans la belle saison de l'homme.
HAKPAGON. — 11 est Vrai; mais vingt années de moins pourtant ne me feraient point de mal, que je crois'.
FROSINE. — Vous moquez-vous? Vous n'avez pas besoin de cela, et vous êtes d'une pâte àvivrc jusques à cent ans.
HARPAGo.N. — • Tu le crois?
FROSINE. — Assurément. Vous en avez toutes les marques. Tenez-vous un peu. 0 que voilà bien là, entre vos deux ^eu\, un signe de longue vie!
iiARPAcoN. — Tu te connais à cela?
FROSINE. — Sans doute. Montrez-moi votre main. Ah, mon Dieu, quelle ligne de vie !
HARpA(;oN. — Comment?
FROSINE. — Ne voyez-vous pas jusqu'où va cette ligne-là-?
HARPAGON. — lié bien! cju'est-ce que cela veut dire?
FRosiME. — Par ma foi! je disais cent ans; mais vous passerez les six-vingts.
UARPAGON. ^ Cst-il possible?
FROSINE. — Il faudra vous assommer, vous dis-je ; et vous
1. Que je cruin, à ce que je crois. On dit encore aujourd'liui de iiiénie : que je snclœ.
2. MoHoie semble se souvenir d'une consultation analogue donnée à un vieillaid, dans la comédie / Suppusiti 'I, ii) do l'Aiioste, par u.n parasite, (|ui s'''rig-o en chiromancien : « Montrez-moi voire main.... 0 la belle li'Tne! Qu'elle est longue et nette! Je n'en vis jamais d'ua meilleur aspect. Vouj vivrez plus vieux que Melchisédeclj, etc. »