‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 470 sur 744 · ACTE III, SGËSE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SGËSE I

que des idées ou des fanlômes, des façons de chevaux*.

UARPAGON. — Les voilà bien malades : ils ne lont rien,

siAÎTKE JACQUES. — Et pouF uc taire rien, Monsieur, est-ce (ju'il ne faut rien manger? Il leur vaudrait bieii mieux, les pauvres animaux, de travailler beaucoup, de manger de même. Cela me fend le cœur, de les voir ainsi exténués ; car enlin j'ai une tendresse pour mes chevaux, qu'il me semble- que c'est moi-même quand je les vois pâtir; je m'ôte tous les jours poiu- eux les choses do la bouche ; et c'est être. Monsieur, d'un naturel trop àm\ que de n'avoir nulle pitié de son prochain.

HAiii'AdoN. — Le travail ne sera pas grand, d'aller jusqu'à Il foire.

MAÎTRE JACQLE?. — Nou, Mousicur, je n'ai pas le courage lie les mener, et je ferais conscience de leur donner des idups de fouet, en l'état où ils sont, (lonunent voudriezvous qu'ils traînassent un carrosse, ([u'ils ne peuvent pas' se traîner eux-mêmes?

vM.i.iiE. — Monsieur, j'obligerai le voisin le l'icard à se charger de les conduire : aussi bien iU)Us fera-t-il ici besoin ipour apprêter le soupe.

MAÎTKE JACQUES. — Soit : j'aime mieux encore (lu'ils nieureal sous la main d'un autre que sous la mienne.

1. Ce passagrc fait naliirellement songer aux vers ct-lél)i-es où < liirles Perrault. décriv;uil les cafers, nous montie le codier Tvducus

Tenant l'ombre d'une brosse NeUioyait J'ombre d'un carrosse.

l.'~ rhevaux d'Harpagon ne semblent pas avoir beaucoup plus de con- ~ ~!inct'.

-.'. Telle qu'il me semble. « Je suis dans mie colère que je ne rae sens (jio ». (Le Marim/e fm'cè, se. vi.)

'.. Qu'ils ne ;>i?«i>é'H/^j«s, alors qu'ils ne peuvent pas se traîner eu.ïmèuies.

Et la raison bien souvent les pardonne.

Que l'honneur et l'amour ne les pardonnent pas.

i Amphilnjijii , 111. via.)

57i I/AYAIiE.

vAi.KRE. — Maître Jacques fait hien le raisonnable'. MAÎTiiK jACQiKs. — Monsieur i'inlendanl fait bien le nécessaire.

HARPAGON. — Paix !

MAÎTRE JACQUES. — Mousicur, je ne saurais souiTrir les flalleurs; el je vois que ce qu'il en fait, que ses contrôles |)erpétuels sur le pain et le vin, le bois, le sel, et la cliandelle, ne sont rien que pour vous gratter^ et vous faire sa cour. J'enrage de cela, et je suis fàclié tous les jours d'entendre ce qu'on dit de vous; car enfin je me sens pour vous de la tendresse, en dépit que j'en aie; et après mes chevaux, vous êtes la personne que j'aime le plus.

uAiiPAnoN. — r*ourrais-je savoir de vous, maître Jacques, ce que l'on dit de moi?

MAÎTRE JACQUES. — Ouî, Mousicur, si j'étais assuré que cela ne vous fâchât point.

HARPAGON. — ÎSon, en aucune façon.

MAÎTRE JACQUES. — Pardonncz-moî : je sais fort bien que je vous mettrais en colère.

HARPAcoN. — Point du tout : au contraire, c'est me faire plaisir, et je suis bien aise d'apprendre comme on parle de moi.

MAÎTRE JACQUES. — Mousicur, puîsquc vous !e voulez, je vous dirai franchement qu'on se moque partout dj vous; qu'on nous jette de tous côtés cent brocards à votre sujet ; et que l'on n'est point plus ravi que de vous tenir au cul et aux chausses 5, et de faire sans cesse des contes de votre lésine. L'un dit que vous faites imprimer des alma-

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