J'aurais éloigné de vous cette inipiiétude
588 i;ayare.
l'a voulu ainsi. Mais, belle Mariane, quolles résolutions sont les vôtres?
MAuiANE. — Hélas! snis-je en pouvoir de faire des résolutions? El dans la dépendance où je me vois, puis-je l'oi'nier que des souhaits'?
ci.iiA.NTi;. — Point d'autre appui pour moi dans votre cœur que de simples souhaits? point de pitié orticieuse? point de secourable bonté? point d'atreclion agissante?
MAiiiANE. — Que saurais-Jc vous dn-e? Mettez-vous en* ma place, et voyez ce que je puis faire. Avisez, ordonnez vous-même : je m'en remets à vous, et je vous crois trop raisonnable pour vouloir exiger de moi que ce qui peut' m'ètre permis par l'honneur et la bienséance.
CLÉANTE. — Hélas! où me réduisez-vous, (pie de me renvoyer à ce que voudront me permettre les fâcheux sentiments d'un rigoureux honneur et d'une scrupuleuse bienséance?
MAïuANE. — Mais que voulez-vous que je fasse? Quand je pourrais passer sur qiuuitité d'égards où notre sexe est obligé, j'ai de la considération pour ma mère. Elle m'a toujours élevée avec une tendresse extrême, et je ne saurois me résoudre à lui donner du déplaisir. Faites, agissez auprès d'elle, employez tous vos soins à gagner son esprit: vous pouvez faire et dire tout ce que vous voudrez, je vous en donne la licence; et s'il ne tient qu'a me déclarer en votre faveur, je veux bien consentir à lui fan-e un aveu moi-même de tout ce que je sens pour vous.
cLiîA.NTE. — Frosine,ma pauvre Frosine, voudrais-tu nous servir?
ip.osiNE. — Par ma foi ! faut-il demander? je le voudrais di' tout mon cœur. Vous savez que de mon naturel je suis a^scz humaine; le Ciel ne m'a point fait l'àme de bronze,
1. Voyoz les Prccii'iisea rifl/riilrs, se. i, p. 41,%ote5. Nous vcr-cons plus ])as : « vouloir l'xiyer de moi que ec qui jjeut ni'èli'e permis, etc. /'.