SCÈNE X CLÉONTE. LUCILE, COVIKLLE, NICOLE
Nicoi.r:. — Pour moi, j'en ai olr loiito srancialisée.
i.iiCiLK. — Ce ne peut rtro, Nicoli-, ijin' ce (jiit' jo le dis. Mais le voilà.
ci.KONTE. — Je ne veux pas seulenieiit lui parler.
coviEi.i.E. — Je veux vous imiter.
i.uciLE. — Qd'est-ce dortc, Cléonte? qu"avez-vous?
NICOLE. — Ou'as-tu donc, Covielle?
i.ucir.E. — Quel chagrin vous possède?
Nrnoi.E. — Quelle mauvaise humeur te lient?
i.ic.MK. ~ Ètes-vous muet, Cléonte?
McoLF,. — As-tu perdu la parole, Covielle?
CLÉONTE. — Que voilà qui est scélérat !
COVIELLE. — Que cela est Judas * !
LL'ciLE. — Je vois bien que la rencontre de tanlôf a Iroul)lé votre esprit.
CLÉONTE. — Ah, ah! on voit ce qu'on a l'ait.
NICOLE. — Notre accueil de ce matin l'a l'ait prendre la chèvre-.
COVIELLE. — On a deviné l'enclonure'.
ports, qu'on ne peut sentir, mais qu'on ne saurait dire, m'ôlent l'usapre (le la réflexion. Je n'ai plus d' i/eii.r pour srs défauts, il m'en reste seulement pour ce qu'elle a d'aimable ».
1. A remarquer ce tour où le sul)stantif prend valeur de qualilicatil' : <iue cela est digne de Judas, plein d'hypocrisie et de traîtrise!
2. Prendre la chèvre, c'est, par allusion au brus(|uo mouvement de la chèvre contrarii'e, se piquer, se fàclier, se monter la tète tout à coup, l)our peu de chose.
ô. L'enclouure : la difficulté, cause de tout le mal. « L'enclouure est, nu propre, la plaie secrète d'un cheval que le maréchal a piqué jusqu'au vif en le ferrant et qui fait boiter la bête. Comme il est très difficile de reconnaître au dehors lequel des clous perce trop avant, on est quelquefois obligé de dessoler entièrement le cheval. De là le sens figuré de cette expression : deviner l'enclouure. »
(Gémn, Lexique de Molière.)
f382 I.E BOURGEOIS GENTILHOMME.
Lucii.E. — ^"csl-il pas vrai, Cléoiife, quo cVsf là le sujet de votre dépit?
cLiioNTi:. — Oui, perfide, ce l'est, puisqu'il faut parler; et J'ai à vous dire que vous ne triompherez pas couime vous pensez de votre infidélité, que je veux être le premier à rompre avec vous, et que vous n'aurez pas l'avantage de me chasser. J'aurai de la peine, sans doute, à vaincre l'amour que j'ai pour vous, cela me causera des chagrins, je souffrirai un temps; mais j'en viendrai à bout, et je me percerai plutôt le cœur, que d'avoir la faiblesse de retourner à vous.
covira.LE. — Oueussi, queumi'.
LUCU.E. — Voilà bien du bruit pour un rien. Je veux vous dire, Cléonte, le sujet qui m'a fait ce matin éviter votre abord.
CLÉONTE. — Non, je ne veux rien écouter.
NICOLE. — Je te veux apprendre la cause qui nous a fait passer si vite.
coviELLE. — Je ne veux rien entendre.
LcciLE. — Sachez que ce malin....
CLÉONTE. — Non, vous dis-je.
NICOLE. — Apprends que
COVIELLE. — Non, traîtresse.
LucîLE. — Ecoutez.
cLÉoNTE. — Point d'affaire.
NICOLE. — Laisse-moi dire.
COVIELLE. — Je suis sourd.
LicîLE. — Cléonte.
CLÉONTE. — Non.
NICOLE. — Covielle.
COVIELLE. — Point.
LUCILE. — Arrêtez.
1. Qiieiissi, quoiDui : relie locution empruntée au patois picarJ, 'iiiïnilie : i-e sora pour lui comme pour moi, pour l'un comme pour l'autre indill'érent.