‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 563 sur 744 · ACTE III, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE X

CLÉONTE. — Chansons.

NICOLE. — Enlends-inoi.

coviEi-LE. — Bagatelles.

LUciLE. — Vn moment.

CLÉONTE. — Point du tout.

NICOLE. — Un peu de patience.

coviELLE. — Tarare'.

LUCILE. — Deux paroles.

CLÉONTE. — Non, c'en esl fait.

NICOLE. — Un mot.

COVIELLE. — Plus de connnerce.

LLciLE. — lié bien ! puisque vous ne voulez pas m'éoouter, demeurez dans votre pensée, et faites ce qu'il vous plaira.

NICOLE. — Puisque tu fais comme cela, prends-le tout comme tu voudras.

CLÉONTE. — Sachons donc le sujet d'un si bel accueil.

LUCILE. — Il ne me plait plus de le dire.

COVIELLE. — A|iprends-nous un peu cette histoire.

sicoLE. — Je ne veux plus, moi, te l'apprendre.

CLÉONTE. — Diles-moi....

LUCILE. — Non, je ne veux rien dire.

COVIELLE. — Conte-moi....

NICOLE. — Non, je ne conte rien.

CLÉONTE. — De grâce.

LUCILE. — Non, vous dis-je.

COVIELLE. — Par charité.

NICOLE. — Point d'affaire.

CLÉONTE. — Je vous eu prie.

LUCILE. — Laissez-moi.

COVIELLE. ^- Je t'en conjure.

1. Tararr. non : i-o mot, i|iii n'est jirohablemont qu'une onomatop.'c et |iout-étre un refrain de chanson, comme luire laii luire, au gué, etc., esl une manière de dénégation burlesque, qui marque la déliance et le nii'pris.

C8i LE r.OUHGEOIS GENTILHOMME.

MIIDLK. (Ut'-ldi lit" là.

c.McoNTE. — Lucile.

ixciLE. — .\on.

cdviEi.LE. — Nicole.

M ;oLE. — l'oint.

cLÉoNTE. — Au nom des Dieu:-:*!

LLciLE. — Je ne veux pas.

GoviELLE. — Parle-moi.

NICOLE. — Point du tout.

CLÉONTE. — Éclaircissez mes doutes.

LUCILE. — Non, je n'en ferai rien.

covDELLE. — Guéris-moi l'esprit.

Ni.':oLE. — Non, il ne me plaît pas.

CLÉONÏE. — Hé bien ! puisque vous vous souciez si peu de me tirer de peine, et de vous justifier du traitement indigne que vous avez fait à ma tlamme, vous me voyez, ingrate, pour la dernière fois, et je vais loin de vous mourir de ilouleur et d'amour.

coviELLE. — Et moi, je vais suivre ses pas.

LUCILE. — Cléonte.

isicoLE. — Covielle.

CLÉONTE. — Eh?

COVIELLE. — Plait-il?

LUCILE. — Oïl allez-vous?

CLÉONTE. — Où je vous ai dit.

COVIELLE. — Nous allons mourir.

LucujLE. — Vous allez mourir, Cléonte?

CLÉONTE. — Oui, cruelle, puisque vous le voulez.

LUCILE. — Moi, je veux que vous mouriez?

CLÉONTE. — Oui, vous le voulez.

1. .!// iiunt (les Dieux! Cette exclamation toute païenne peut surprendre dans une conn'die dont le sujet est emprunté aux mœurs du xvii" siècle ; mais ce fut longtemps une tradition sur notre scène comique de bannir, sans doute par scrupule religieux, tout ce qui pouvait rappeler le christianisme. C'est ainsi que dans le Menteur de Corneille des jeunes filles parlent d'aller non pas à l'église, mais au temple.

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