‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 58 sur 744 · SCENE IX. Cl · texte numérisé non relu

SCENE IX. Cl

MAscARiME. — Tudjeu'! vous avez le goût bon.

MAGDEi-os. — Eh ! jtî ne l'iji pas tout à fajt mauvais.

MASCAKULE. — ^I^js u'adioirez-vous pas aussi Je n'y prenais pas garde"! Je n'y prenais pas garde, je ne m'apercevais pas de cela : fajçoH dû pailer naturelle : je n'y prenais pas garde. Tandis que sans songer à mal, tandis qu'innocemment, sans malice, comme un pauvre mouton ; je vous regarde, c'est-à-dire, je m"amu,se à vous considérer, je \<ius observe, je vous contemple; Votre œil en tapinois.... i}m vous semble de ce mot tapinois'! n'est-jl pas bien choisi ?

cATUos. — Tout à fait bien.

MAScAiiiLLE. — Tapinois, en cachette : il semble que ce soit un chat qui vienne de prendre une souris : tapinois.

MAGDEI.ON. — Il ne se peut rien de mieux.

MAscARM-LE. — Me dérobe mon cœur, me l'emporte, me le ravit. j4m voleur, au voleur, au voleur, au voleur l'Se diriez- \iius pas que c'est un homme qui crie et court après un voleur pour le faire arrêter? Au voleur, au voleur, au roleur, au voleur!

MAGDELON. — 11 faut avoucr que cela a un tour spirituel et galand.

MAscARiLLE. — Je vcux VOUS dire l'air que j'ai fait dessus.

cATHos. — Vous avez appris la musique?

MASCARILLE. — Moi? PoiUt dU tOUt.

CATHOS. — Et comment cela se peut-il?

MASCARILLE. — Lcs geus dc qualité savent tout sans avoir Jamais rien appris.

MAGDELON. — Assuréuicnt, ma chère*.

littéraires de cette société aristocratique, qui restait froide à lu lecture de f'olijetic(.e, et se passionnait pour un sonnet.

1. 7"(/f/ie«/ Les jurons de ce genre faisaient alors partie du langage ^aristocratique et des belles manières.

2. L'insolente fatuité de Mascarille est assurément moins comique que là réponse de Magdelon, qui semble avoir quelque pitié de l'ignorance de Catlios, et lui reproche de ne pas connaître des vérités aussi

R2 I,ES PP.ÉCTEUSES P.inTCIÎI.ES.

MAscAP.iLLF,. — Kcouioz si VOUS t l'ouvoi'ez l'air à vnirfgoûf. Hem, liem. La, la, la, la, la. La hrulalifé de la saison a furieusemenl outragé la délicatesse de ma voix; mais iJ n'importe, c'est à la cavalière*, (il chanie :) Oli, oh! je ny prenais pas....

cATHos. — Ah! que voilà un air qui est j)assionné! Est-ce qu'on n'en meurt point"-?

MAGDELON. — Il y a de la chromatique' là dedans.

MAscARiLLE. — jNe trouvcz-vous pas la pensée bien exprimée dans le chant? Au voleur!... El puis, comme si l'on criait bien fort : au, au, au, au, au, au voleur! Et tout d'un coup, comme une personne essoufflée : au voleur!

MAGDELON. — C'cst là savoir le fin des choses, le grand fin, le fin du fin. Tout est merveilleux, je vous assure; je suis enthousiasmée de l'air et des paroles.

cATuos. — Je n'ai encore rien vu de cette force-là.

MASCARILLE. — Tout ce quc je fais me vient naturellement, c'est sans élude.

MAGDELON. — La uaturc vous a traitée en vraie mère passionnée, et vous en êtes l'enfant gâté.

MASCARILLE. — A quoi douc passez-vous le temps?

CATUOS. — A rien du tout.

MAGDELON. — Nous avons été jusqu'ici dans im jeûne effroyable de divertissements.

f'iémentaires. « Voilà, comme dit le vieillard de la première représentation, de la bonne comédie. »

1. A la cavalière, sans façons. On appelait aussi les poésies composées par des gentilshommes qui n'étaient pas auteurs de profession, des vers à la cavalière.

2. On abusait alors de certaines locutions oii figurait le verbe mourir: il en faut mourir, onen meurt; un soupirant fidèle s'appelait, dans le langage précieux, un mourant.

3. De la chromatique : Magdelon emploie ici, un peu au hasard, un mot savant, dont elle ignore probablement le sens. Chromatique est à présent du genre masculin : le chromatique consiste dans une siiite de chant qui procède par demi-tons, tant en montant qu'en descendant.

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