‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 59 sur 744 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

MAscARiLLE. — Je m'offre à vous mener l'un de c(>s jours à la comédie, si vous voidez; aussi bien on en doit jouer une nouvelle que je serai bien aise que nous voyions ensemble.

MAGDELON. — Cela n'est pas do refus.

MASCARILLE. — Mais je vous demande d'applaudir comme il faut, quand nous serons là; car je me suis engagé de l'aire valoir la pièce, et l'auteur m'en est venu prier encore ce matin. C'est la coutume ici qu'à nous autres gens de condition les auteurs viennent lire leurs pièces nouvelles, pour nous engager à les trouver belles, et leur donner de la réputation*; et je vous laisse à penser si, quand nous disons ([uelque chose, le parterre ose nous contredire. Pour moi, j'y suis fort exact; et quand j'ai promis à quelque poëte,je crie toujours : « Voilà qui est beau, » devant que les chandelles soient allumées-.

MAGDELON. — Ne m'cu parlez point : c'est un admirable lieu que Paris; il s'y passe cent choses tous les jours qu'on ignore dans les provinces, quelque spirituelle qu'on puisse être.

CATHos. — C'est assez : puisque nous sommes instruites, nous ferons notre devoir de nous écrier connue il faut sur tout ce qu'on dua.

MASCARILLE. — Je nc sais si je me trompe, mais vous avez toute la raine d'avoir fait quelque comédie.

1. C'est ce que Corneille lui-même avait fait en allant soumettre son Polt/cucte à l'hôtel de Rambouillet. — Molière ne condamne pas ici cet usage : il raille la présoruption de certains marquis qui s'imaginaient que leur suffrage devait décider de la destinée des pièces. Voyez les Fâclu'ii.r, \). 105.

2. Perrault (Parallèle des ancieitx et des modernes) a décrit l'éclai- 1 !-'■ somuiaire des théâtres au début du xvu* siècle. On suspendait iloi s, devant la scène, deux lattes mises en croix, dont chacune portait quatre chandelles. Plus tard, lorsque la troupe de Molière sera installée au Palais-Royal, l'éclairage se perfectionneia : il se composera de la rampe et de douze lustres, et les trais ordinaires seront de vingt livres de chandelles.

MAGDELON. — Eh ! il pouiTait être quelque chose de ce que vous dites.

jiAscARiLLE. — Ah ! lua foi, il faudra que nous la voyions. Entre nous, j'en ai composé une que je veux faire représciil or.

cAïuos. — Hé, à quels comédiens la donnerez-vous?

MAscARiLLE. — Belle demande! Aux grands comédiens'. Il n'y a qu'eux qui soient capables de faire valoir les choses; les autres sont des ignorants qui récitent connne l'on parle; ils ne savent pas faire ronfler les vers, et s'arrêter au bel endroit : et le moyen de connaître où est le beau vers, si le comédien ne s'y arrête, et ne vous avertit par là qu'il faut faire le brouhaha-?

cATHos. — En effet, il y a manière de faire sentir aux auditeurs les beautés d'un ouvrage ; et les choses ne valent que ce qu'on les fait valoir.

MASCARILLE. — Quc VOUS Semble de ma petite-oie^? La trouvez-vous congruante* à l'habit?

cATiios. — Tout à fait.

MASCARILLE. — Le l'ubau^ est bien choisi.

1. lAis grands comédiens, les comédiens de l'hôtel de Bourgogne. — L'hôtel de Bourgogne, situé à l'angle de la rue Mauconseil et de la rue Française, appartenait aux confrères de la Passion, qui le louaient à une troupe de comédiens. Presque toutes les pièces de Corneille et de Racine ont été jouées sur la scène de l'hôtel de Botu-gogne.

2. Molière attaquera de nouveau les comédiens de l'hôtel dans Vfmpromptu de Versailles.

5. Petite-oie : ce mot désignait, d'une façon générale, tous les accessoires de la toilette : « On -ii^^eUe petite-oie les rubaïis, les btfs, le chapeau, les gants, et tout ce qu'il faut pour assortir un habit. » (Dicl. de l'Acad., l&)i.) On disait pclile-oie par comparaison avec l'abatis (tête, pieds, cou, gésier) que les cuisinières ôtent dé t'oie pour la mettre à la broche.

-i. Congriumte, qui s'accorde bien avec; ce mot semble aToir été forgé par Molière, cpii enrichit souvent la langue des précieuse; de ses trouvailles personnelles.

5. On prodiguait alors les rubans, quoiqu'ils cOûtassenl. souvent fort cher ; on en mettait à profusion jusque sur les souliers. « Uft brandon

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