Lettre à l'Académie, c. Yll
'2. Lettre à il'.Uemberl sur les spectacles.
xMi NOTICE biogi'.aphiqul:
romanesque qui, thuis la première moitié du sièdo. ;iv;iil liaduit les imprudentes mais généreu-es aspirations de la sociélé aristocratique, et les « grands sentiments* x de la tragédie cornélienne n'ont même pas trouvé grâce devant cet implanable réaliste. « Faire comme tout le monde, se conformer à l'usage et éviter tout excès », telle est généralement la règle de conduite que préconisent les Ariste de la comédie moliéresque. No peut-on pas reprocher à cette morale d'êti'e vulgaire et timorée, de décourager par la crainte du ridicule l'effort original des grandes âmes? Ce reproche, nous semble-t-ii, retomberait lourdement sur l'œuvre de Molière, si l'on oubliait que la comédie, s'adressantà la foule, doit nécessairement jirésenter ini idéal accessible à la majorité des hommes, qui, selon le mot de Fénelon, « sont médiocres pour le bien comme pour le mal-)'. C'est ce que Molière a compris mieux que personne. Mais, tout eu restant dans les limites de notre faiblesse, qu'il a su néanmoins donner de nobles et salutaires enseignements ! Avec quelle vigueur il a condamné l'hypocrisie, l'avarice, l'égo'isme, et qu'il y a dans sa prudente philosophie, fondée, comme celle d'Horace, sur la modération et le bon sens, plus de saine moralité que dans les rêveries déclamatoires d'un Rousseau!
Molière s'est surtout attaché à recommander les qualités et le? vertus sans lesquelles on ne peut goûter « les douceurs de la société », et il nous a engagés à faire aux autres le sacrifice de nos défauts. Il serait aisé de former avec tous les préceptes ([u'il a semés dans ses pièces, ou la conclusion qu'il nous a laissé le soin d'en tirer, xme morale profondément humaine où seraient letracés tous les devoirs de l'a honnête homme >-. Et il ne faudrait pas prendre cette expression dans le sens exclusivement mondain qu'on lui prêtait au xvn^ siècle : les honnêtes gens ihius Molière ne sont pas seulement exempts des ridicules et des défauts qui rendent l'homme insociable, ils ont aussi les sentiments généreux qui font l'ami fidèle et dévoué, le père affectueux, le bon citoyen : en un mot, ils sont prêts pour tous les devoirs que le cœur seul peut connaître et accomplir. Le libéralisme de Molière s'est surtout manifesté dans les théories qu'il
1. La Cr'dique de l'Ècolc ilcx femmes, se. vi. -. Lettre à l'Académie, c. LY.
ET LITTERAIRE. xxiii
l'i-ofeséées sur léducaliou do la jeunette, li a coudainiK'- la !::gogie cliagriiio, souvent défiante et brutale, qui était clli' -on temps, et si de nos jours l'éducation do la jcuncs>.;' s\ st '"' jiliis indulgente et plus gaie, il serait injuste do inécouiie dans cotte réforme rinlluence do ci^lui qui a dit :
Il nous faut on riant instruire la ji-unosso '.
idées nouvelles, qui ont rencontré tant de résistance au
i siècle, Molière ne les devait pas seulement à sa science do
Il nature humaine, quil a étudiée sans parti pris religieux ni
i pliilosophi(|ue, avec une indépendance et une sincérité dans
l/>ervation qu'on chercherait en vain chez les moralistes do
temps : il faut aussi en rapporter l'honneur à cette bonté
l'ilgente, à cet « amour de l'humanité ». qui partout ennoblit
ironie et en tempère l'amertume.