III. Molière écrivain
^1 la niora'.e de Molière a été vivement attaquée, sa langue
- >n style )ront pas trouvé des censeurs moins sévères. Beau-
,1 d'admirateurs de Molière, de ceux qu'on appelle aujour-
li dos moliérisles, se sont fort scandalisés de ces critiques.
1- lesquelles ils voyaient volontiers une hérésie et une iiu-
• i'". Loin de partager ce fanatisme, qui est la négation de
toute criticjue, nous es*'mons qu'on a rendu service à Molière
'■"Il obligeant ses admirateurs à raisonner ot à justifier leur admi-
iou; en convenant de certains défauts, ils' n'ont fait qu'au-
i-er l'hommage qu'ils rendaient aux (jualités du poète et
: lUtir la loyauté de leur critique. Oui, nous pouvons le recon-
iiO, sans crainte de diminuer la gloire de l'auteur de tant
'hefs-d'oîuvre, on relève dans son sl\lo des inégalités cbo-
ntes : après avoir fait parler à la raison la langue la plus
0 et la iilus vigoureuse dont peut-être aucune littérature
-se offrir l'exemple, Molière devient parfois entortillé, obscur
, iiième incoi'rect; ces disparates ne s'observent pas sculemonl
[entre les diverses pièces de son répertoire, on les retrou\o
'f. 1. L'Ècûl'j (/ex maris, acte I, se. ii. Voy. p. 91.
2. Voyez ilans \a Reine des Deux Mondes du lu décembre ISÎ^^- un article do M. Bruncliorc sur la Langue de Molière.
XXIV NOTICE DIOGRAPllIQUE.
dans une même comédie, et il semble que le poète soit sujet à ces défaillances de riiispiialion dont [laile Malhurin Régnier:
.... Quand la verve le quille.
Du plus haut au plus bas yon vers se précipite'.
S'il est plus commode de nier chez Molière ces fautes de style, il vaut encoi'e mieux essayer de les expliquer. On a fait observer que La Bruyère^ et Fénelon"', qui l'ont accusé de a parler mal » et d'aller jusqu'au « jargon et au barbarisme », avaient jugé un auteur dramali(iuc, qui écrit pour la foule des spectateurs, avec les scrupules de l'écrivain, qui s'adresse au jugement subtil et rélléchi des lecteurs. Par suite ils avaient méconnu les exigences de la poésie dramatique, qui, uniquement soucieuse de Vefl'ef, peut sacrifier à cette recherche la délicatesse et même la pureté de l'expression. Cette explication serait acceptable s'il était prouvé que partout où Molière cesse de « bien parler » selon la grammaire et le goût de son temps, c'est pour gagner en précision et en clarté ce qu'il peut perdre en correction. Malheureusement il n'en est rien, et quand Molière « parle mal i^ c'est pour devenir obscur : qu'on relise, par exemple, les dernières scènes du Tarluffe. Il est donc i)lus vraisemblable que Molière n'a pu traiter avec un soin égal les diverses parties de son œuvre. N'oublions pas combien la composition de ses pièces a été souvent accidentée, tantôt interrompue, tantôt précipitée par un ordre du maître, ou par les mille incidents de cette existence si tourmentée, oy il semble y avoir si peu de place pour les calmes méditations et le travail suivi. U Impromptu de Versailles nous a heureusement initiés à ce travail fiévreux du poète directeur de troupe.
Mais d'autres raisons ne peuvent-elles pas expliquer la sévérité des critiques de La Bruyère et de Fénelon ? Il ne faut pas oublier que ces deux éciàvains appartiennent à une époque où l'œuvre grammaticale et iihilologique, commencée au déiuit du siècle par Malherbe et l'Académie, était entiéreuient achevée. On sait dans quel esprit s'était accomplie cette réforme : sous prétexte de remédier à la licence et à l'anarchie du xvi<^ siècle, on avait