‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 604 sur 744 · Considiralion, rdOexion · texte numérisé non relu

Considiralion, rdOexion

"2. Engagemenl, le mariage contracté par Octave en raljscnce de son père.

scAi'ix. — Monsieur, votre serviteur.

AUGANTE. — Bonjour, Soapin.

scApiN. — Vous rêvez à l'affaire de votre fils?

AR'.ANTE. — Je t'avoue que cela me ddune un furieux chagrin.

SCAPIN. — Monsieur, la vie est mêlée de traverses'. 11 est bon de s'y tenir sans cesse préparé; et J'ai ouï dire, il y a longtemi)s, une parole d'un ancien que j'ai toujours retenue.

AP.GANTE. Quoi?

SCAPIN. — Que, pour peu qu'un père de iamille ait été absent de chez lui, il doit promener son esprit sur tous les fâcheux accidents que son retour peut rencontrer : se tigurer sa maison brûlée, son argent dérobé, sa femme morte, son fils estropié, sa lille subornée; et ce qu'il trouve qui ne lui est poiilt arrivé, l'imputer à bonne fortune. Pour moi, j'ai pratiqué toujours celte leçon dans ma petite philosophie; et je ne suis jamais revenu au logis, que je ne me sois tenu prêt à la colèi-c de mes maîtres, aux l'éprimandes, aux injures, aux coups de pied au cul, aux bastonnades, aux élrivières; et ce qui a manqué àm'arriver, j'en ai lendu grâce à mon bon destin.

AUGANTE. — Voilà qul est bien. Mais ce mariage impertinent'', qui trouble* celui que nous voulons faire, est une chose que je ne puis souiïrir, et je viens de consulter des avocats pour le faire casser.

SCAPIN. — Ma foi ! Monsieur, si vo*is m'en croyez, vous tâcherez, par quelque autre voie, d'accommoder l'alfaire. Vous savez ce que c'est que les procès en ce pays-ci, et vous allez vous enfoncer dans d'étranges épines.

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