ACTE II, SCÈNE V
ARGANTE. — Tu as raison, je le vois bien. Mais quelh autre voie?
scAi'iN. — Je pense que j'en ai trouvé une. La compassion que m'a donnée tantôt votre chagrin m'a obli/é à chercher dans ma tète quelque moyen i)our vous tirer d'inquiétude; car je ne saurais voir d'honnêtes pères chagiinés par leurs enfants, que cehi ne m'émeuve; et, de tout temps, je me suis senti pour votre personne une inchnation particulière.
AiiGAXTE. — Je te suis obligé.
SCAP1.N, — J'ai donc été trouver le frère de cette tille qui a été épousée. C'est un de ces braves de profession', do ces gens qui sont tous coups d'cpée, qui ne parlent que d'échiner, et ne font non plus de conscience de tuer un honune que d'avaler nn verre de vin. Je l'ai mis sur ce maiiage, lui ai fait voir quelle facilité otl'rait la raison de la violence- pour le faire casser, vos jjrérogatives du nom de père, et l'appui que vous donnerait auprès de la justice et votre droit, et votre argent, et vos amis. Enlin je l'ai tant tourné de tous les côtés, qu'il a prêté l'oreille aux propositions que je lui ai faites d'ajuster^ l'ailaire pour quelque somme; et il donnera son consentement à rompre le mariage, pourvu que vous lui donniez de l'argent,
ARGANTE. — El qu'a-t-il demandé?
scAPiN. — Oh ! d'abord des choses par-dessus les maisons.
AKGANTE. — Et qUOi ?
SCAPIN. — Des choses extravagantes.
ARGANTE. — Mais cucorc ?
1. Brrivea ici le sens défavorable de bravo, qui désigne souvent un bretteur, un assassin à gages.
2. Dans une scène précédente, Scapin a prétendu, pour excuser Octave, f|ue celui-ci avait été contraint par les parents de la jeune fille à l'épouser : on peut donc, en s'autorisant de cette violence faite au lils d'Argante, obtenir l'annulation du mariage.