‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 627 sur 744 · ACTE I. SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE I

Et no. supprimez point, voulant qu'on vous socouflo', Ouflquc petit savant qui veut venir au monde.

MîMANDK.

Je vois qui' votre espiil ne peut t'-tre guéri

iKi fol eut('tenienl de vous faire un mari;

Mais saelions, s'il vous plaît, qui vous songez à prendre :

Votre visée au moins n'est pas mise à C.litandre-?

Et par quelle raison n'y serait-elle pas?

Manque-t-il de mérite? est-ce un choix qui soit bas?

AP.MANDE

Non; mais c'est un dessein qui serait mailionn^te. Que de vouloir d'une autre enlever la conquête; Et ce n'est pas un fait dans le monde ignoré Que C.litandre ait' pour moi haulcment sonpii'é.

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Oui; mais Ions ces soupirs chez vous sont choses vaines, Et vous ne tombez point aux bassesses humaines; Votre espi-it à l'hymen lenonce pour toujours, Et la ithilosopliie a tontes vos amours : Ainsi, n'ayant au cœur nul dessein pour (llitandre. Que vous importe-t-il qu'on y puisse prétendre?

1. En voulant qu'un vous .s<"<-OHr/c, c'esl-à-dirc qu"on partage vclie mépris pour les plaisirs g^rossiors cl qu'on vous aide à dompter la natui-e.

i. Mettre sa visée, porter, diriger sa visi'e sur, couelicr en joue et, par suite, prétendre à.

ô. .1(7 : on n'eniploiei-ait plus ici le sul)jonctif ; mais au xvii* siècle aucune règle (ixe ne déterminait Teniploi de ce mode. On le mettait, comme ici, là où nous userions de l'indicatif, et vice versa, comme dans ce passage de La Fontaine :

("est dommage, Garo, que tu n'es point entré Au conseil de celui que j)rêclie ton curé.

(1„V FoNTALVE, liv. IX, fab. 4.) Voyez aussi p. 87, note 2-

AKMANDF.

(!t'l. ciiipii-t^ que ticiil la raison sur les sens Ne l'ail pas nMiuiieei' aux douceurs des encens *, Kl l'on peu! poui' ('poux rcl'user un méi'itf!* (jne pour aduialiMU' on vciil hicn à sa suite.

UK.NIÎlKTTK.

Je n'ai pas enipf-ciié qu'à vos perfections

Il n'ait continué ses adorations;

Et je n'ai fait que prendre, au refus de votre âme,

l]e qu'est venu in'olïVir riioiiMiiage de sa llanime.

Ali.MANDK.

Mais à l'offre des vauix d'un amant dépiti'' Trouvez-vous, je vous prie, entièi-e sùi-elé^"? Croyez-vous pour vos yeux sa passion l)i(!n forte. Et qu'en son cœur pour moi toute tlanuiie soit morte?

IIENUIETTK.

Il me le dit, ma sœur, et, pour moi, je le croi.

ARMANDE

Ne soyez pas, ma sœur, d'une si bonne foi*.

Et croyez, quand il dit qu'il me quitte et vous aime,

Qu'il n'y songe pas bien et se trompe lui-même.

HENRIETTE

Je ne sais; mais enfin, si c'est votre plaisir,

1. Encens, éloges. Voltaire a dit un peu sommairement : « Encen ne souirro point de pluriel ». {CAimmenUiivi' sur Ctirneillp.) .Nous rêver rons cependant encens a>i pluriel dans cette même comédie, scène ni

2. Un mérite, un homme de mérite; on dit de même ttn tjénie pou un homme de (jénie.

5. Entière sûreté : on peut trouver qu'.\rmande montre beaucoup di sollicitude po\ir le lionlienr d'Henriette. Mais il est facile de voir qu'elle veut bien repousser Clitandre, à la condition qu'il n'accordera pas se hommages à sa sœur, et ses conseils ne sont inspirés que par la jalousii et le dépit.

•l. Ne soyez pas si crédule, n'ajoutez pas foi si facilement à ses pa rôles.

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