ACTE I, Sr.KNE ITI
Qu'elle nous nietlo au raiijï des grands cl beaux esprits lu benêt doiil jtarlout on siflle les écrits, Ln pédant dont on voit la plume libérale |)'o|'(icienx * pai>ier lournir toute la halle.
Ses éiiits, ses discours, tout m'en seudde ennuyeux, Et je inô trouve assez votre goût et vos yeux; Mais, comme sur ma mère il a grande puissance. Vous dcACZ vous forcer à quelque complaisance. Un amant fait sa cour où s'attache son cœur-, Il veut de tout le monde y gagner la faveur; Et. poiu' n'avoir personne à sa flamme contraire, Jusqu'au chien du logis il s'efforce de plaire^.
Oui, vous avez raison; mais Monsieur Trissotin M'inspire au fond de l'âme un dominant chagrin. Je ne puis consentir pour gagner ses suffrages,
1. Tii>solin ;ippiovi<ionnc gi'ncreuscinnnt la halle des papiers nécessaires pour envelopper les inarcliandiscs : c'est en rendant ce service que SCS écrits sont officieux. lîoileaii, qui répétait Horace (liv. II, ép. I), a reproduit cent lois cette plaisanterie classique sur la destinée des mauvais vers :
.... J'ai tout Pelletier lîoulé dans mon office en rornets do papier.
(Salh-r, m.)
Voyez aussi rÉiiilrc I, où Doileau parle des vers qui vont
Habiller chez Francœur le sucre et la cannelle.
2. Oii s'attache son cœur, dans la maison, dans la famille oi'i son cœiuest attaché. Ce petit couplet d'Henriette sur la conduite politique des amants rappelle bien les dissertations î,Mlantos en honneur au XVII* s'ccle.
ô. On voit ici avec raison lui souvenir do l'iaute, qui dans l'Asiu/iire (acte m, se. i), dépeint ainsi la complaisance universelle d'un nouvel amoureux : « Il n'a qu'un souci, plaire à sa maitressc, à la femme de ohambre, aux domestiques, aux servantes; cl même il flatte jusqu'au roquet pour s'en faire bien venir i>.
A inc dc-shoMoiYT en ])risant ses ouvrages *;
(i'est par eux qu'à nios yeux il a d'abord para,
Et je le coiuiaissais avant que l'avoir vu*.
Je vis, dans le Tairas des écrits qu'il nous donne,
Ce qu'étale on Ions lieux sa pédante persoiuie :
La constante hauleur de sa présomption,
Cette intrépidité de bonne opinion.
Cet indolent état de conliance extrême
Qui le rend en tout temps si content de soi-même,
Qui l'ait qu'à son mérite incessamment il rit,
Qu'il se sait si bon gré de tout ce qu'il écrit;
Et qu'il ne voudrait pas changer sa i-enommée
Contre tous les honneurs d'un général d'armée.
ni'.Nr.IETTE.
C'est avoir de bons yeux que de voir tout cela.
CLITAXDP.E.
Jusques à sa figure encor la chose alla^,
Et je vis par les vers qu'à la tête il nous jette,
De quel air il fallait que fût fait le poète;
Et j'en avais si bien deviné tous les traits,
Que rencontrant un homme un jour dans le Palais*,
1. L'intransigeance de Clitandre fait songer à celle d'Alceste :
Hors qu'un commandement exprès du roi me vienne De trouver bons les vers dont on se met en peine, Je soutiendrai toujours, morbleu! qu'ils sont mauvais. (Le Uisanihro2)e, II, vi.)
2. Avant qiœ l'avoir vu : on disait plus communément au xvii' siècle: avant que de l'avoir vu. On lit dans Vaugelas : >< 11 faut dire avant que de mourir et non pas avant que mourir ». On voit que Molière ne s'est pas embarrassé de cette règle.
5. D'après ses vers j'ai pu me faire une idée non seulement de son caractère, mais encore de sa figure, et, le rencontrant par hasard, je l'ai reconnu sans hésitation.
•t. Dans la célèbre Galerie du Palais, où se trouvaient plusieurs boutiques de libraires fréquentées chaque jour par les auteurs et les lettrés. C'est là que Corneille a placé le lieu de la scène d'une de ses premières comédies, précisément intitulée : la Galerie du Palais.