Les Caractères : Des Ouvrages de l'esprU
5. Lettre à l'Académie, c. V)! : Projet d'un Traité sur ta comédie.
ET I.ITTÊRAIHF. xxv
inultiplié les ivgles de ilélail. rciulii l.i i^yiitaxo plus rigotircusc, et appauvri la langue par un purisme indiscret. Fénclon ' et La Bruvcre- ont d'ailleurs déploré tous les deux ces excès, mais, par une étrange inconséquence, c'est au uoiu de cette grammaire aux prescriptions étroites et tyranniques qu'ils ont jugé Molière écrivain. Or celui-ci est foin d'appartenir à la mémo génération qiie ses deux critiques, et l'on comprendra toute l'importance de ce fait si l'on tient compte de la grande rapidité avec laquelle la langue s'est transformée au xvn" siècle. Quelle distance, par exemple, des satires de Régnier aux premières comédies de Corneille, quoicpi'elles ne soient pas séparées par un espace de vingt ans! Molière a fait ses études sons le règne de Louis Mil. à une l'poque où les traditions de la langue du xvi" siècle ne s'étaient pas encore elfacées de l'usage sous l'iullueucc de l'hôtel de Rambouillet cl de r.\cadémie. Il est d'ailleurs douteux que celte influence eut déjà pénétré dans le milieu bourgeois, où natpiit et fut élevé Molière : on peut supposer que les liraves gens qui fréquentaient la boutique de Jean Poquelin parlaient volontiers « tout dret t>. comme Martine. Mais alors la littérafure elle-même ne se distinguait pas par une correction scrupuleuse. L'humeur indépendante et frondeuse que les contemporains de Molière portaient volontiers dans la politique se retrouvait aussi dans leurs écrits : leur langage garde une liberté d'alhu'e elune verdeur qu'on ne trouvera plus chez les écrivains mieux disciplinés de la génération suivante. Ajoutons que Molière entretient des relations suivies avec les gais couleurs du XVI' siècle : or, si sa langue peTit acquérir à cette école de pri'cieuses qualités de coloris et de pittoresque, elle y prend -i certaines habitudes d'indépendance et de « libortinage » à
-■rd des dogmes grammaticaux.
I.iifin le départ de Molière pour la province va le soustraire. ;■ ndant ces douze années où le travail et l'observation nn'niront son génie, à l'influence des grannnairiens de salon, et des docteurs de l'Académie, qui régentaient alors la langue. Parti de Paris en 1646, il ne connaîtra sans doute que plusieurs années après les Remarques de Vaugelas, qui, parues en 1647, voient