ACTE IV. SCÈNE III
TlilSSOTlN.
Jp ne m'étonne pas, au (•ouil)al iiul' j'essuie,
De voir prendre à Monsieur la Ihèse qu'il appuie.
Il est fort enfoncé clans la cour', c'est tout dit :
La cour, comme l'on sait, ne tient pas pour l'esiirit ;
Elle a quelque intérêt d'appuyer Tii^norancp,
Et c'est en courtisan qu'il en prend la défense.
ri ITANDIîK.
Vous en voulez beaucoup à celte pauvie cour. Et son malheur est <;rand de voir que cliaqm! jdur Vous autres beaux esprits vous déclamiez contre elle, Oue de tous vos chagrins vous lui fassiez querelle, Et, sur son méchant août lui faisant son procès, ÎS'accusiez que lui seul de vos méchants succès -. Permettez-moi, Monsieur Trissolin, de vous dire. Avec tout le respect que votre nom m'inspire, One vous feriez fort bien, vos confrères et vous, De parler de la cour d'un ton un peu plus doux ; (Ju'à le bien prendre ^, au fond, elle n'est pas si bête Que vous autres Messieurs vous vous mettez en tète*; Qu'elle a du sens commun pour se connaître à tout ; Que chez elle ou se peut fonner quelque bon gonl ; Et que l'esprit du monde y vaut, sans tlatterie. Tout le savoir obscur de la pédanterie ■•.
1. Il ;i])|iai-lient au monde de la cour, el r'esl tout dire : il n'y a lien à ajouter pour expliquer sa conduite.
'2. Méchants succès, l'échec de vos œuvres. (;r. p. 577. noie 1.
ô. .A bien se rendre compte des choses.
i. Même ellipse de le dans cette phrase de Hacine : « LWrchevèque sentait bien que sa foi humaine n'était pas aussi claire qu'il s'était imaginé ».
o. Voyez plus haut, p. 158, la scène de la Critique de l'École des femmes, où Dorante oppose aussi au bon sens des g^ens de cour le « savoir enruuillé des pédants ». .\u xvic siècle, et cela même sous l'influence de l'hôtel de Rambouillet, Vérudilion était devenue un ridicule, qu'oa ne pouvait tolérer chez un honnête homme.
8ôfi LES FEMMES SAVANTES.
TRISSOTIiS.
De son bon goût, Monsieur, nous voyons des effets.
CMTANDRE.
Où voyez-Yous, Monsieur, qu'elle Tait si mauvais?
TKISSOTIN.
Ce que je vois, Monsieur, c'est que pour la science lîasius et Baldus ' l'ont honneur à îa France, Et que tout leur mérite, exposé tort au jour, N'aliire point les yeux et les dons (h) la cour".
CLITANDRR.
.le vois voire chagrin, et que par modes! ie
Vous ne vous metl(>z point. Monsieur, de la parlie;
Et pour ne vous point mettre aussi dans le propos,
()nc font-ils pour l'État vos habiles héros?
Ôu'est-ce que leurs écrits lui rendent de service.
Pour accuser la cour d'une horrible injustice,
El se plaindre en tous lieux que sur leurs doctes noms
l'aile manque à verser la faveur de ses dons?
Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire,
El des livres qu'ils font la cour a bien affaire.
Il semble à trois gredins s, dans leur petit cerveau,
(Jue. pour* être imprimés, et reliés en veau,
l,e^ voilà dans l'État d'importantes personnes ;