Les Caractères : De quelqiiea itsagcs
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nussitôt leur autoi'ilc consacrée par l'uiiiversolle adliésioii dfs cirivaiiis. Il suflit de rappeler avec quelle docilité le génie d'un Corneille s'inclina devant les décisions du gentilhomme grammairien. Mais si Vaugelas triompha sur-le-champ et sans conteste. ce fut à Paris : il est permis de croire que la province, qui n'était pas, comme aujourd'hui, en relations constantes avec la capitale, dut rester assez longtemps étrangùi'e au.K rapides évolulions de l'usage, que pouvaient enregistrer au jour le jour les habitués de l'hôtel de liaudwuillet. La province se trouvait aussi défendue contre l'influence académique par l'originalité vivace des idiomes locaux. Molière a donc vécu pendant douze ans sur ce sol provincial où devait s'être perpétué le libre parler du x\ 1" siècle. Quand il revint à Paris, en 1G58. il se trouva en présence d'une disciphne grammaticale à laauelle il n'avait pas été préparé, et qui du reste, par la rigueur minutieuse de ses ])rescriptions, devait choquer son humeur indépendaide ennemie de toute contrainte. Voilà comment il ne put jamais s'habituer à « parler Vaugelas* », et comment aussi des juges délicats, tels ipic La Bruyère et Fénelon, purent observer entre sa langue et celle de leur temps des différences assez grandes pour l'accuser de « jargon et de bai'barisme ». Il n'avait pas appris le français à la môme école. Et il faut s'en féliciter, car Molière n'eût jamais pu traduire avec le même bonheur d'e.xpression l'infinie diversité des types et des sentiments qu'il empruntait à la vie, s'il n'avait eu à sa disposition une langue assez souple et assez riche, d'allure assez libre et assez hardie pour se prêter aux multiples exigences d'une pensée qui, ayant tout pénétré, voulait tout (exprimer avec vérité et avec force.
Prenons donc notre parti de quelques négligences de style qui ont tant de fois alarmé les grammairiens, et, après avoir concédé aux puristes (jue Molière « parle quelquefois mal », reconnaissons que son style réunit toutes les qualités du « style comique », que si certains tours, certaines expressions familières au poète trahissent parfois sa « manière », son style, dont l'adhérence à la pensée est toujours parfaite, n'est autre chose que la voix de la nature et de la vérité.