‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 86 sur 744 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

C'est une étrange chose, à vous parler sans feinte, Qu'une femme qui n'est sage que par contrainte. En vain sur tous ses pas* nous prétendons régner ; Je trouve que le cœur est ce qu'il faut gagner; Et je ne tiendrais, moi, quelque soin qu'on se donne, Mon honneur guère sur aux mains d'une personne A qui, dans les désirs qui pourraient l'assaillir, 11 ne manquerait rien qu'un moyen de faillir.

SGASARELLE.

Chansons que tout cela.

ARISTE

Soit; mais je tiens sans cesse Qu'il nous faut en riant instruire la jeunesse. Reprendre ses défauts avec grande douceur, Et du nom de vertu ne lui point faire peur. Mes soins pour Léonor ont suivi ces maximes : Des moindres libertés je n'ai point fait des crimes, A ses jeunes désirs j'ai toujours consenti, Et je ne m'en suis point, grâce au Ciel, repenti. J'ai souffert qu'elle ait vu les belles compagnies. Les divertissements, les bals, les comédies; Ce sont choses, pour moi, que je tiens de tout temps Fort propres à former l'esprit des jeunes gens ; Et l'école du monde, en l'air^ dont il faut vivre. Instruit mieux, à mon gré, que ne fait aucun livre. Elle aime à dépenser en habits, linge et nœuds :

1. Pas, ih'inarclies, actions, conduite. C'est ainsi que Corneille a dit, exprimant d'ailleurs une idée analogue :

Il est bon qu'un mari nous cache quelque ciiose, Qu'il soit quelquefois libre et ne s'abaisse pas A nous rendre toujours compte de tous ses pas.

[Poltjeucte, acte I, se. lu.)

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