ACTE II — 190 SCÈNE VI : LISETTE, ÉRASTE, ALBERT, CRISPIN
LISETTE
Au secours ! aux voisins ! Quel accident terrible ! Quelle triste aventure I Ah ! ciel ! est-il possible? Pauvre seigneur Albert, que vas-tu devenir? ^ Le coup est trop mortel ; je n'en puis revenir.
ALBERT
Qu 'est-il donc arrivé?
LISETTE
La plus rude disgrâce...
ALBERT
Mais encor faut-il bien savoir ce qui se passe.
LISETTE
Agathe...
ÉRASTE
Eh bien ! Agathe?
LISETTE
Agathe, en ce moment Vient de devenir folle, et tout subitement.
Agathe est folle' I
ÉRASTE
Ah ! ciel !
ALBERT
Cela n'est pas croyable.
LISETTE
Ah ! monsieur, ce malheur n'est que trop véritable. Quand, par votre ordre exprès, elle a vu travailler Ce maudit serrurier, venu pour nous griller ; Qu'elle a vu ces barreaux et ces grilles paraître. Dont ce noir forgeron condamnait sa fenêtre. J'ai, dans le même instant, vu ses yeux s'égarer, Et son esprit frappé soudain s'évaporer.
I. Cetts pfeiipéiie est inspirée par la pièce italienne la FoUe supposée.
Elle tient des discours remplis d'extravagance ; Elle court, elle grimpe, elle chante, elle danse. Elle prend un habit, puis le change soudain Avec ce qu'elle peut rencontrer sous sa main. Tout à l'heure elle a mis, dans votre garde-robe. Votre large calotte et votre grande robe ; Puis, prenant sa guitare, elle a, de sa façon. Chanté différents airs en différent jargon. Enfin c'est cent fois pis que je ne puis vous dire : On ne peut s'empêcher d'en pleurer et d'en rire.
ÉRASTE
Qu'entends-je? juste ciel !
Quel funeste malheur !»
LISETTE
De ce triste accident vous êtes seul l'auteur ; Et voilà ce que c'est que d'enfermer les filles !
ALBERT
Maudite prévoyance, et malheureuses grilles !
LISETTE
J'ai voulu dans sa chambre un moment l'enfermer ; C'était des hurlements qu'on ne peut exprimer : De rage elle battait les murs avec sa tête. J'ai dit qu'on ouvre tout, et qu'aucun ne l'arrête. Mais je la vois venir.