ACTE IV
CLÉANTHIS
Cléanthis !
(A part.)
C'est lui !
STRABON, à part.
C'est elle, ô dieux !
CLÉANTHIS, à part.
Ses traits n'en disent rien ; mais je le sens bien mieux Au soudain changement qui se fait dans mon âme.
STRABON
Madame, par hasard, n'êtes-vous point ma femme?
CLÉANTHIS
Monsieur, par aventure, êtes- vous mon époux?
STRABON
Il faut que cela soit ; car je sens que pour vous Dans mon cœur tout à coup ma flamme est amortie Et fait en ce moment place à l'antipathie.
CLÉANTHIS
Ah ! te voilà donc, traître ! Après un si long temps Qui t'amène en ces lieux? Qu'est-ce que tu prétends?
STRABON
M'en aller au plus tôt. Que ma surprise est forte ! Dis-moi, ma chère enfant, pourquoi n'es-tu pas morte?
CLÉANTHIS
Pourquoi n'es-tu pas morte? Indigne, scélérat. Déserteur de ménage, et maudit renégat. Pour t'arracher les yeux...
STRABON
Oh ! doucement, madame.
[A part.) O pouvoir de l'hymen, quel retour en mon âme !
CLÉANTHIS, à part.
Je ressentais pour lui les transports les plus doux ; Hélas ! qu'allais-je faire? il était mon époux.
130 — DÈMOCRITE AMOUREUX
{Haut.) Va, fuis. Que le démon, qui te prit en ton gîte Pour t' amener ici, t'y remporte au plus vite. Évite ma fureur ; retourne dans tes bois.
STRABON
Il ne vous faudra pas me le dire deux fois. J'aime mieux être ermite et brouter des racines. Revoyager vingt ans, nu-pieds, sur des épines. Que de vivre avec vous. Adieu.
CLÉANTHIS
Que je le hais !
STRABON
Qu'elle est laide à présent 1 et qu'elle a l'air mauvais I
(Acte IV, scène vu.)
Ra?surons-nous, la brouille n'est pas irrémédiable ; à la fin de la pièce ce groupe grec de fantaisie fait la paix et se réconcilie définitivement.
CLÉANTHIS
Je suis bien en courroux; si pourtant, aujourd'hui, Tu voulais un peu mieux m' aimer ?
STRABON
Déjà, coquine.
Tu voudrais me tenir; je le vois à ta mine. Je te pardonne tout, fais-moi grâce à ton tour. Oublions le passé, renouvelons l'amour.
Je ne serai pas seul qui d'une âme enchantée Aura repris sa femme après l'avoir quittée.
(Acte V. scène dertiiâre.)