‹ Théatre choisi de RegnardChapitre 9 sur 135 · SCÈNE III : ARAMINTE, FINETTE ; LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

SCÈNE III : ARAMINTE, FINETTE ; LE CHEVALIER

à part.

ARAMINTE

Nous reverrons Ménechme aujourd'hui : quelle joie ! Je ne puis demeurer en place, ni chez moi. Pareil empressement doit l'agiter, je crois. Comment me trouves-tu? dis. Finette.

RkCNARO — XL -'>

FINETTE

Charmante.

Votre beauté surprend, ravit, enlève, enchante. Il semble que l'amour, dans ce jour si charmant. Ait pris soin par mes mains de votre ajustement.

ARAMINTE

Cette fille toujours eut le goût agréable.

{Apercevant le Chevalier qui s'approche.) Ah ! monsieur, vous voilà ! Quel destin favorable. Plus que je n'espérais, presse votre retour? Et quel dieu près de moi vous ramène?

LE CHEVALIER

L'Amour.

ARAMINTE

L'Amour ! Le pauvre enfant !

Votre aimable présence Me dédommage bien des chagrins de l'absence. Non, je ne vois que vous qui, sans art, sans secours. Puissiez paraître ainsi plus jeune tous les jours.

ARAMINTE

Fi donc, badin ! L'amour quelquefois, quoique absente,

A votre souvenk me rendait-il présente?

Votre portrait charmant, et qui fait tout mon bien,

Que je reçus de vous quand vous prîtes le mien.

Me consolait un peu d'une absence effroyable :

Le mien a-t-il sur vous fait un effet semblable?

LE CHEVALIER

Votre image m'occupe et me suit en tous lieux ; La nuit même ne peut vous cacher à mes yeux. Et cette nuit encor, je rappelle mon songe (O douce illusion d'un aimable mensonge !), Je me suis figuré, dans mon premier sommeil. Etre dans un jardin, au lever du soleil. Que l'Aurore vermeille, avec ses doigts de roses. Avait semé de fleurs nouvellement ccloscs : Là, sur les bords charmants d'un superbo canal. Qui reçoit dans son sein un torrent de cristal,

Page 1