‹ Théatre choisiChapitre 429 sur 496 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Il me ferait pardre Tesprit I A qui en avez-vous donc? qu'est-ce que cela signifie?

DE LORME

Et rian, rian. Drès que ce qu'on leur dit leur fait plaisir, ailes baillont là-dedans si fortement...

LA MEUNIÈRE

Ouais?

DE LORME

Et de fins renards comme ceux-ci ne caressont la poule que poux attraper les poussins : c'est morgue bian fait, au bout du compte I

LA MEUNIÈRE

Mais que veut dire tout ça? qu'est-ce que c'est que la poule, les poussins, les fins renardfs?

DE LORME

Queul esprit bouché! la poule c'est vous, les poussins... prenez que c'est vos filles, et Monsieu de Lepeine et Monsieu Giflot sont les renards çui amadoueront la poule; mais c'est les poussins qu'ils voulont prendre.

LA MEUNIÈRE

Allez ! vous ne savez ce que vous dites avec vos visions.

DE LORME

Oui, c'est bian dit, ce sont des visions : comme ça ne vous plaît pas, vous n'en croyez rian ; si ça vous plaisait, vous le croiriais.

Mais qui vous a dit ça, biau-frère?

DE LORME

Votre garde moulin qui se gausse itou de vous. Il est amoureux de Colette ; mais, morgucnne, je ne veux non plus de ly pour mon gendre, que vous voulais des autres pour les vôtres, et si pourtant, ils se sont tous trois baillé le mot pour les devenir maugré nous.

LA MEUNIÈRE

Oh. I pour ce qui est de moi, je l'empêcherai bian; et quoique je ne croye rian de ça, je ne lairai pas d'y mettre ordre.

DE LORM^.

Ce sont vos affaires. Monsieur le Bailli et moi, voyez-vous, je ne serions pas fâchés que vos filles fussiant pourvues, et c'est justement ce qui fait que je ne vous avartissons de rian.

LA IIEUNIÈRE.

Fort bian.

DE LORME

Je sommes convenus de ça par ensemble ; si vous aviais queuque doute de la chose, vous feriais du bruit, du vacarme ; il vaut mieux que vous n'en sachiais rian, ça se passera plus doucement.

LA MEUNIÈRE

Ça se passera en cas que ça soit ; sans adieu, biau- frère.

Page 1