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ACTE II, SCÈNE VIII. SOS

DE LORME

Ces divartissements du moulin, ces ménétriers, ces danses, ces petites chansonnettes, tout ce train-là, vois-tu, ne mène à rian de bon : on s*accoquine à ça. Ça divartit, ça amuse ; des jeunes garçons se melon t là-dedans, ils vous contont des fariboles, an les acoute, et ça accoquine encore pins que tout le reste. Enfin, bref, tantia, vêla qui est uni, je ne veux plus que tu y ailles.

Eh I c'est vous qui m'y avez envoyée toutes les fois que j'y ai été, mon père.

DE LORME

Oui, ça est vrai : j'ai eu tort, et je veux avoir raison. Quand je t'y envoyais, tu m'obéissais en y allant. Je te défends d'y aller, il faut m'obéir eu n'y allant pas, et c'est là le moyen de ne pas empirer.

COLETTE

Mais ma tante, mes cousines, que diront-elles ?

DE LORME

Oh I parguenne, ailes diront ce qui leur plaira ; mais tu feras ce que je veux, ou... suffit, je m'en? tends bian.

COLETTE

Vous m'allez faire passer pour une ridicule I

DE LORME

Ouais ?

COLETTE

Il est arrivé dans le village je ne sais combien de bohémiens et de bohémiennes; Monsieur Giflot les doit amener tantôt au moulin ; ils diront la bonne aventure de tout le monde : vous serez cause que je ne saurai pas la mienne, je meurs d'envie de la savoir.

DE LORME

Eh ! si, morguenne, est-ce' qu'il faut s'affîer à ce que disont ces gens-là? Ce sont des ignorants. Tians, mon enfant, quand j'épousis ta mère, ils lui disirent qu'aile aurait des enfants, et ils me disirent, à moi, que je n'en aurais point, et si

j'étions le mari et la femme, qaeule apparence? Ce sont des fripons, qui ne faisont que mentir. Je ne veux point que tu ailles-là.

COLETTE

Hé, je vous prie...

DE LORME

Morgue, ça n*est pas bian, Colette I t'es désobéissante quand je te défends une cbose ?

COLETTE

Ne me la défendez que demain, mon père^ je vous le demande en grâce.

DE LORME

Eh bian I vêla qui est fait; mais à condition d'une chose, au moins.

COLETTE

Quelle condition, mon père?

DE LORME

Que tu ne parleras point au garde moulin, et que tu l'envoyeras promener, en cas qu'il te parle.

COLETTE

Lui, mon père? Hélas I le pauvre garçon ! qu'estce qu'il vous a fait?

Comment, ce qu'il m'a fait? 11 dit qu'il sera mon gendre, maugré moi : ça ne saurait arriver que par ton moyen ; et le moyen que ça n'arrive ^as, c'est que vous n'ayez tant seulement pas de convarsation ensemble.

COLETTE

Mais, mon père...

DE LORME

Or, pour c'ti-là il n'y a point de demain, je te le défends, morgue, drès aujourd'hui, je saurai bian ce qui en sera. Je te mets la bride sur le cou, je ne te contrains en rian; mais pour ce qui est d'en cas du garde moulin, il vaudrait autant que tu te fusses noyée que de ly parler. Je t'en avartis, baille-t-en de garde.

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