‹ Théatre choisiChapitre 432 sur 496 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

MAROTTE

Enfin, cousine, que ce soit cela ou autre chose, elle nous défend à toutes deux, mais avec des menaces épouvantables, de parler jamais ni à l'un ni à Tautre.

COLETTE

Ah ! ah ! voici qui est admirable ! mon père vient de me défendre aussi de parler au gardemoulin, moi.

LOUISON

II te défend de parler à Biaise ?

COLETTE

Oui^ vous dis-je^ ils sont tous deux en train de défendre.

LODISON.

Gela est chagrinant; comment ferons-nous donc?

J'obéirai ; mais cela me fera de la peine.

LOUISON

Et à moi aussi.

COLETTE

Avant cela, je ne songeais pas seulement que Biaise fût au monde, et à présent, je pense toujours à lui malgré que j'en aie...

MAROTTE

Et moi donc ! je ne me souciais pas non plus de Monsieur Giflot, et de l'heure qu'il est, je m'aperçois que je m'en soucie.

LOUISON

Cela est admirable ; quand Monsieur de L épine me p£u:lait, je n'avais quelquefois pas le mot à lui répondre, et maintenant, je trouve que j'ai mille choses à lui dire.

COLETTE

C'est la défense qui est cause de cela ; et je vois bien que tu aimes Monsieur Giflot, toi , et toi, que lu ne hais pas Monsieur de Lépine.

MAROTTE

Eh î qui te fait croire cela, dis, cousine ?

LOUISON

Sur quoi penses-tu des choses comme cela?

Voyez que cela est difficile à comprendre ! Nous sommes toutes trois l'une comme l'autre , nous pensons toutes trois la même chose. Je sens bien de mon côté que c'est que j'aime Biaise, et le vois bien que du vôtre vous aimez Monsieur de Lépine et Monsieur Giflot.

LOUISON

Quoi ! tu aimes Biaise, ma cousine ?

COLETTE

Oui ; mais je ne le lui ai jamais dit, et je voudrais bien qu il le sût.

MAROTTE

Je lui dirai si tu veux, cousine, pourvu que tu dises pour moi la même chose à Monsieur Giflot : on ne t'a pas défendu de parler à celui-là?

/COLETTE

Ni à toi de parler à Biaise ? Il n'y aura pas de mal à tout cela, dis, cousine ?

LOUISON

Non, vraiment, cela sera fort commode, au contraire, et voilà notre marché bientôt fait. Mais Monsieur de Lépine, qui est-ce qui lui parlera? j'ai aussi quelque chose à lui dire, et je veux, aussi bien que ma sœur, que ce soit sans désobéir à ma mère.

COLETTE

Eh bien ! je m'en charge, ne te mets pas en peine.

Ah ! que tu me feras de plaisir, cousine ! Je n'aurais jamais eu la hardiesse de lui avouer moimême une chose comme celle-là.

MAROTTE

Monsieur Giflot n'en eût peut-être jamais rien su sans cette occasion-ci.

COLETTE

Ni Biaise non plus. Voilà d'heureuses défenses !

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