ACTE I, SCÈNE VII
CRISPIN
C'est-à-dire que, s'il en venait encore quelqu'autre plus riche que ces deux-là, vous prendriez parti avec la dernière ?
LE CHEVALIER
Je les ménagerai toutes, autant qu'il s'en présentera, le plus longtemps que je pourrai, et ie me déterminerai pour celle qui accommodera le mieux mes affaires.
CRISPIN
Et pour accommoder les miennes, j'ai envie d'en prendre quelqu'une de celles dont vous ne voudrez point; car, entre nous, Monsieur, je n'aime point les soubrettes, voyez-vous. A propos d'aimer, je crois que vous n'aimez rien, vous, que votre profit?
LE CHEVALIER
Je ne sais si je n'aimerais point une petite brune, qui est la plus charmante du monde ; et si elle était aussi riche qu'elle voudrait me le faire croire, je n'hésiterais point à lui sacrifier toutes les autres.
Quelle petite brune? Comment l'appelez-vous?
LE CHEVALIER
Je n'ai pu encore savoir son nom.
CRISPIN
Je m'étonnais aussi , car il n'y a point de petite brune sur mon mémoire.
LE CHEVALIER
Ce n'est ^ue depuis quatre jours que je la vois tous les soirs aux Tuileries. Je lui ai fait croire q^u'on m'appelait le marquis des Guérets. Parbleu ! cest une conquête aussi difficile que j'en connaisse. Je ne suis pourtant pas mal auprès d'elle.
CRISPIN
En quatre jours! Voilà une conquête bien difficile, vous avez raison.
LE CHEVALIER
Elle a un père extrêmement bizarre, à ce qu'elle m'a dit; et ce n'est que sous, le prétexte
d'aller voir une certaine tante, qu'elle trouve moyen de venir les soirs à la promenade.
CRISPIN
Toute jeune et toute petite personne qu'elle est, elle ment déjà à la perfection, n'est-ce pas?
LE CHEVALIER
Elle a de Tesprit au delà de l'imagination. Une vivacité... La charmante petite créature !
Diable !
LE CHEVALIER
Ne m'en parle plus, Crispin, ne m'en parle plus, je t'en prie. Vois-tu? j'ai des entêtements de fortune, et je craindrais de me faire avec cette petite personne une affaire de cœur qui me mènerait peut-être trop loin .
CRISPIN
Vous avez raison.
LE CHKVALIER.
Songeons au solide, mon ami^ nous donnerons ensuite dans la bagatelle.
CRISPIN
C'est bien dit. Or ça, je vois bien que c'est la dame d'ici qui est la meilleure à ménager, et je m'en vais renvoyer Madame la baronne avec ses présents.
LE CHEVALIER
Comment, que parles-tu de présents?
CRISPIN
C'est ce que je vous ai voulu dire d'abord, que Madame la baronne vous attend chez vous avec des présents ; mais je vais les renvoyer.
LE CHEVALIER
Attends, attends un peu. Et qu'est-ce que c'est que ces présents ?
Eh î Monsieur, c'est, par exemple, un fort beau carrosse qu'elle a fait mettre sous une de vos remises, deux gros chevaux dans votre écurie, un