‹ Théatre choisiChapitre 9 sur 496 · DANCOURT. XXIX · texte numérisé non relu

DANCOURT. XXIX

an bout d'une rue dans le Marais, et l'autre à la porte des Grands-Augustins. Il y a comme ça des dames qu'on ne ramène jamais jusque chez elles, et je menons plus de celles-là que des autres.

Le Marqdis. — Gela ne fait pas honneur à vos Toitures.

Le Cocher. — Bon ! de l'honneur I qu'en ons-je à faire, pourvu que je trouvions notre compte I On a, morbleu I beau dire, tant que j'aurons des glaces de bois, et qu'on ne verra le jour que par une lucarne, je ne manquerons pas d'être employés.

Le Marquis. ~ Ah ! que tu sens le vin.

Le Cocher. — C'est que j'en ai bu I

C'est que f en ai bu! Gela n'est-il pas d*une naïveté charmante. Je ne puis citer en entier l'autre dialogue, qui est plus long ; mais c'est là que se trouve le mot célèbre qui a traversé le xvm* siècle, et qui , recueilli par Ghamfort, est arrivé jusqu'à nous ; c'est celui du cocher disant à une petite dame qu'il a conduite et qui le malmène :

— Vous autres et nous autres nous ne saurions nous passer les uns des autres.

Lorsqu'un homme a reçu du ciel le don d'observer et de peindre d'un trait juste , quoique grossi, lorsqu'il a d'ailleurs de l'esprit et de la gaieté et qu'il travaille beaucoup, il est bien rare qu'un jour rencontrant un^sujet plus à sa convenance, se trouvant plus en verve, et d'autre part le hasard aidant, il ne produise pas une œuvre où ses qualités se déploient plus à l'aise et avec plus d'éclat. 11 écrit son chef-d'œuvre qui est presque un chef-d'œuvre.

XXX DANGOURT.

Cette bonne fortune est échue à Dancourt, qui, une fois en sa vie, écrivant du vaudeville, a touché la haute comédie. Il a composé le Chevalier à la mode.

Le Chevalier à la mode est tout à la fois une ^^pièce de caractère et une pièce d'intrigue.

La contexture en est infiniment plus soignée et plus forte que celle des autres pièces où s'est jouée la verve de Dancourt. L'exposition est d'une vivacité étonnante.

La toile se lève, on voit arriver une femme effarée qui se jette dans un fauteuil, où rien ne l'empêche de s'évanouir, que la rage dont elle est suffoquée. Elle raconte son aventure, et cette aventure est des plus singulières et des plus comiques. M"' Patin y peint son caractère avec autant de vérité que d'énergie. Le laquais effaré et déchiré qui survient, achève agréablement cette ridicule histoire ; et la conversation qui se renoue entre M°*° Patin et Lisette, instruit le spectateur de tout ce qu'il a besoin de savoir, en même temps qu'elle l'amuse par des traits de mœurs piquants et des saillies originales.

La suite ne dément pas le début. L'intrigue du Chevalier à la mode, dit Geoffroy, est assurément une des plus ingénieuses et des plus vives qui existent au théâtre ; et il n'y en a point de plus claire et de plus nette ; les événements naissent les uns des autres sans \y aucun effort. Ce n'est pas le hasard qui les amène ; ils sont ime suite nécessaire des

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