‹ Théâtre choisiChapitre 41 sur 64 · ANTOINETTE · texte numérisé non relu

ANTOINETTE

Je savais bien que vous aviez du chagrin ! Il ne faut pas !... Vous m'auriez proposé ce qui est arrivé, j'aurais consenti tout de suite... Me croyez-vous donc trop sotte pour comprendre que mon mal peut amener à guérir une foule de gens ? Je voulais être sœur de charité, et consacrer ma vie aux malades... Eh bien ! je livre ma vie en gros, au lieu de la donner en détail...

ALBERT

Il n'y a pas que les sœurs de charité qui savent mourir proprement !

ANTOINETTE Les savants aussi !... {Elle se jette aux genoux d'Albert.) Quand j'ai appris que l'on vous accusait, je me suis dit aussitôt : « Si on l'empêche de continuer ses expériences, il les achèvera sur lui-même !... » Ne faites pas cela, monsieur le docteur !... Vous m avez pour vos observations...

Tu t'es dit cela, toi ?... Tu n'as pas pensé : « Il se tuera pour se punir » ?...

ANTOINETTE, aVec effroi.

Oh !... se suicider !... Enlever du monde quelqu'un comme vous, à cause d'une pauvre fille qui sait à peine lire !

ALBERT J'en ai eu envie, pourtant !... Si tu me vois encore vivant, c'est que je me suis accordé quelques Jours de répit pour connaître la fin de mes travaux. En somme, une curiosité comme celle-là est pardonnable !

ANTOINETTE Ah ! Monsieur, je crois bien, puisqu'elle sauve des gens !... Vous parlez comme un criminel : c'est seulement si vous n'achevez pas vos travaux que vous le serez !... Vous êtes fait pour étudier.,. Vous n'avez malheureusement pas de religion, c'est ce qui vous oblige à tant réfléchir pour être bon... Moi, si je n'étais pas pieuse, qu'est-ce que je vaudrais ?... Vous avez l'air étonné que je sois prête à mourir... Je le suis parce que Jésus-Christ a été crucifié pour le genre humain et que je regarde comme un honneur d'être traitée un peu comme lui...

ALBERT Ah ! quel bien tu me fais !.., Avec toi, je n'ai pas à renier mon idole !... Tu ne me la montres pas ridicule et pédante !... Antoinette, tu ne seras ni timide ni gauche, si je t'annonce la résolution que j'ai prise... Nous pourrons en parler à l'aise, puisque tu viens de l'indiquer de toi-même... Ce matin, je me suis inoculé le mal dont tu mourras... Désormais, je vais vivre double... vivre triple !,.. Jusqu'à ma convulsion suprême, j'épierai nos deux agonies... Tes yeux brillent !... Ah ! tu es bien de ma race, toi !... D'où vient ce quelque chose qui élève le plus humble au niveau du plus savant ?

Du bon Dieu, Monsieur ! {Louise entre.)

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