‹ Théâtre choisi illustréChapitre 112 sur 191 · SCÈNE IV. — ALZIRE. ZAMORE, ÉMIRE, un soldat · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — ALZIRE. ZAMORE, ÉMIRE, un soldat

ALZIRE

Tout est perdu pour toi ; tes tyrans sont vainqueurs ; Ton supplice est tout prêt ; si tu ne fuis, tu meurs. Pars, ne perds point de temps ; prends ce soldat pour guide. Trompons des meurtriers l'espérance homicide ; Tu vois mon désespoir et mon saisissement ; C'est à toi d'épargner la mort à mon amant, Un crime à mon époux, et des larmes au monde. C L'Amérique t'appelle, et la nuit te seconde ; Prends pitié de ton sort, et laisse-moi le mien.

ZAMORE

Esclave d'un barbare, épouse d'un chrétien. Toi qui m'as tant aimé, tu m'ordonnes de vivre ! Eh bien ! j'obéirai : mais oses-tu me suivre? Sans trône, sans secours, au comble du malheur, ., ( Je n'ai plus à t'offrir qu'un désert et mon cœur. Autrefois à tes pieds j'ai mis un diadème.

Ah ! qu'était-il sans toi? qu'ai-je aimé que toi-même? Et qu'est-ce auprès de toi que ce vil univers? Mon âme va te suivre au fond de tes déserts. Je vais seule en ces lieux, où l'horreur me consume, Lan^ir dans les regrets, sécher dans l'amertume. Mourir dans le remords d'avoir trahi ma foi. D'être au pouvoir d'un autre et de brûler pour toi. Pars, emporte avec toi mon bonheur et ma vie ; Laisse-moi les horreurs du devoir qui me lie. , .'

J'ai mon amant ensemble et ma gloire à sauver. ' Tous deux me sont sacrés ; je les veux conserver.

ZAMORE

Ta gloire ! Quelle est donc cette gloire inconnue? Quel fantôme d'Europe a fasciné ta vue? Quoi ! ces affreux serments qu'on vient de te dicter, j-'' Quoi ! ce temple chrétien que tu dois détester.

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