‹ Théâtre choisi illustréChapitre 125 sur 191 · ACTE V — w · texte numérisé non relu

ACTE V — w

Le ciel venge la terre : il est juste ; et ma vie Ne peut payer le sang dont ma main s'est rougic. Le bonheur m'aveugla, la mort m'a détrompé. Je pardonne à la main par qui Dieu m'a frappe. J'ctars maître en ces lieux, seul j'y commande encore : Seul je puis faire grâce, et la fais à Zamorc. Vis, superbe ennemi, sois libre, et te souvien Quel fut et le devoir, et la mort d'un chrétien, j

{A Monièse, qui se jette à ses pieds.) Montèze, Américains, qui fûtes mes victimes, Songez que ma clémence a surpassé mes crimes. Instruisez l'Amérique ; apprene.'', à ses rois Que les chrétiens sont nés pour leur donner des lois.

[A Zaniore.) Des dieux que nous servons connais la difiérence ' : Les tiens t'ont commandé le meurtre et la vengeance ; Et le mien, quand ton bras vient de m'assassiner. M'ordonne de te plaindre et de te pardonner.

ALVAREZ

Ah ! mon fils, tes vertus égalent ton courage.

ALZIRE

Quel changement, grand Dieu ! quel étonnant langage 1

■'^~^^'- ^' ZAMORE

Quoi ! tu veux me forcer moi-même au repentir !

GUSMAN

Je veux plus, je te veux forcer à me chérir.

Alzire n'a vécu que trop infortunée.

Et par mes cruautés, et par mon hyménée ;

Que ma mourante main la remette en tes bras :

Vivez sans me haïr, gouvernez vos États,

Et de vos murs détruits rétablissant la gloire.

De mon nom, s'il se peut, bénissez la mémoire.

(A Alvarez.) Daignez servir de père à ces époux heureux : Que du ciel, par vos soins, le jour luise sur eux ! Aux clartés des chrétiens si son âme est ouverte, Zamore est votre fils et répare ma perte.

I . C'est le mot du duc de Guise, non à tant qui avait (ormù ce projet pendant le Poltrot qui l'assassina, mais à ua protes- siège de Rouen. (Soie dt l'édition de Kehl.)

148 — ALZIRE

ZAMORE

Je demeure immobile, égaré, confondu.

Quoi donc, les vrais chrétiens auraient tant de vertu !

Ah ! la loi qui t'oblige à cet effort suprême,

Je commence à le croire, est la loi d'un Dieu même.

J'ai connu l'amitié, la constance, la foi ; ,

Mais tant de grandeur d'âme est au-dessus de moi ; .„^

Tant de vertu m'accable, et son charme m'attire.

Honteux d'être vengé, je t'aime et je t'admire.

{Il se jette à ses pieds *.)

ALZIRE

Seigneur, en rougissant je tombe à vos genoux. Alzire, en ce moment, voudrait mourir pour vous. Entre Zamore et vous mon âme déchirée Succombe au repentir dont elle est dévorée. Je me sens trop coupable, et mes tristes erreurs...

GUSMAN

Tout vous est paidonné, puisque je vois vos pleurs. Pour la dernière fois, approchez-vous, mon père ; Vivez longtemps heureux ; qu'Alzire vous soit chère ! Zamore, sois chrétien ; je suis content ; je meurs.

ALVAREZ, à Montèze.

Je vois le doigt de Dieu marqué dans nos malheurs. Mon cœur désespéré se soumet, s'abandonne Aux volontés d'un Dieu qui frappe et qui pardonne. ^

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I. Ceux qui ont prétendu que c'est ici respecter le christianisme; uue conver-

uae conversion miraculeuse se sont trom- sion subite serait ridicule en de telles

pés. Zamore est changé en ce qu'il s'at- circonstances (V., twU de X736). tendcit pour sou ennemi. Il commence à

LA MÈROPE

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